Édition 2010
Du 8 au 21 mars 2010

Édition 2010
Couleur femme

“ Couleur femme », un thème qui vous touche (et qui nous touche), dans la continuité des années antérieures ?

Comme toujours, le thème que nous proposons n’est qu’un indicateur de direction pour guider le curieux dans le vaste territoire poétique qui est pour la plupart terra incognita. Je souhaite surtout cette année attirer l’attention sur une part du répertoire, classique et contemporain, souvent mésestimée, souvent méconnue : la poésie écrite par les femmes. Non pour signaler une particularité – bien des femmes poètes la contestent – mais pour objecter a un oubli courant tributaire, comme d’autres, de la domination masculine dans la création littéraire. Il y a beaucoup de poètes femmes (vous remarquez que j’évite le terme poétesse, le plus souvent juge péjoratif, ce qui en dit long…) des siècles passes et du XXe siècle injustement ignorées : pour une Louise Labé légendaire combien de Pernette du Guillet, de Catherine de Pisan, de Renée Vivien, Catherine Pozzi ou Marie Noel rarement lues, jamais citées ? ”

Extrait d’entretien avec Jean-Pierre Siméon

La marraine

La marraine

Poème
de l’instant

Stéphane Crémer

La Terre

Au sortir d’un rêve à Brasilia j’ai empoigné
la terre, déjà si âcre à mes mains
que leurs paumes m’ont paru des papilles
d’où montait un goût avec son parfum.

Quelqu’un est mort bien loin ce matin
et j’ai pensé, en me baissant jusque là
pour l’emporter à mon tour, que je saurais
l’y ensevelir à ma manière en secret.

Ainsi – car n’allons pas priver la poésie
de sa logique : ni car ni ainsi ne sont proscrits
du poème, ni aucuns mots, pourvu qu’ils s’unissent
en pensée par-delà les marges noires du faire-part ! – ,

ainsi je garde près de moi, dans des flacons
comme une épice sur l’étagère de ma cuisine,
ce pigment rouge du Brésil dont je sais qu’un jour,
empesé à l’amidon de mon choix, un beau jour

nous partagerons la délicieuse peinture mitonnée
qui montrera, aussi bien qu’une Joconde enfin
pour de bon éclipsée de son cadre, ce qu’il reste
de cette disparition : un paysage, et son horizon !

Stéphane Crémer, compost, Éditions isabelle sauvage, 2013.

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