Éditions Bruno Doucey

On pourrait penser qu’une maison d’édition qui voit le jour n’a pas de mémoire, qu’elle n’est pas encore entrée dans l’Histoire. Ce n’est pas le cas pour les Éditions Bruno Doucey. À leur manière, ces dernières ont déjà une histoire parce qu’elles entretiennent une filiation avec une maison d’édition que j’ai longtemps dirigée, avant de devoir rendre les armes : les éditions Seghers, nées à la fin de la Seconde Guerre mondiale des valeurs de la Résistance et de la Libération. Leur récente mise en sommeil a renforcé ma détermination à créer une maison indépendante, libre de ses options et de sa politique éditoriale.

Une poésie vivante et généreuse, ouverte et offerte à tous, une poésie qui ouvre nos horizons et nous rend plus forts ensemble, voilà la poésie que cette nouvelle maison d’édition veut promouvoir.
Poète, éditeur de poètes, j’entends d’abord faire découvrir les richesses insoupçonnées des poésies du monde. Les premiers livres donnent le ton : les poètes que nous publions proviennent de tous les continents : de France bien sûr, mais aussi des États-Unis, d’Irak, du Canada, d’Haïti… Et nous préparons déjà, pour les années à venir, d’autres voyages autour du monde. À l’heure où la France fait valoir les prérogatives de son Identité nationale, nous tenons à rappeler que la langue française ne possède ni cadastre ni titre de propriété. Elle est un espace libéré des frontières où chaque être repousse les limites de l’horizon d’autrui.

Poésie de combat, en somme ? Oui, dès lors que nous apprenons à métisser nos héritages culturels et humains pour bâtir un nouvel art de vivre ensemble. Et puisque nous rééditerons dès l’automne les poèmes qu’il écrivit pendant la Résistance, laissons à Pierre Seghers le soin de conclure par ces mots :
« Si la poésie ne vous aide pas à vivre faites autre chose.
Je la tiens pour essentielle à l’homme,
autant que les battements de son cœur. »

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Fontaine O Livres85, rue de la Fontaine-au-Roi

75011

Paris

Grécité suivi de Après l'épreuve

1er mai 2014

Grécité suivi de Après l’épreuve

« Dans ce pays, le ciel ne diminue jamais un seul instant la flamme de nos yeux
Dans ce pays, le soleil nous aide à soulever le poids
De pierre que nous avons toujours sur nos épaules
Et les tuiles se brisent net sous le coup de genou de midi
Les hommes glissent devant leur ombre
Comme les dauphins devant les caïques de Skiathos »

<i>La poésie au cœur des arts</i>

1er mars 2014

La poésie au cœur des arts

Au cœur des arts… L’anthologie que nous publions pour la 16e édition du Printemps des poètes affiche clairement la couleur : la poésie est au cœur de toute aventure artistique. Qu’ils proviennent d’auteurs classiques ou de contemporains qui nous ont confié des inédits ou leurs carnets de création, les textes de ce livre mettent en évidence le dialogue fertile que les poètes entretiennent avec d’autres créateurs. Chant, danse, théâtre, peinture, gravure, photographie, musique, cinéma, cirque, pas un art (…)

L'alphabet des ombres

1er mars 2014

L’alphabet des ombres

"Sur la cendre et le sang
un mage aveugle trace du bout
de son bâton
les derniers signes d’un alphabet
des ombres.
Saluons, d’une autre trace d’encre
et de ferveur,
cette beauté sauvage,
arrachée à la nuit."

Dans un fracas de plumes d'Hadassa Tal

1er février 2014

Dans un fracas de plumes d’Hadassa Tal

Quand Eglal Errera, traductrice de ce recueil, est venue me voir pour me parler d’Hadassa Tal, je n’avais encore jamais lu sa poésie. Elle en parlait comme d’un cristal ou d’une lumière, et ses mots m’ont touché. Le texte que j’ai alors découvert m’a fait songer à un froissement de plumes, au vol d’un colibri qui se serait glissé entre les mots. Et pour cause, le livre ne parle que d’oiseaux. Ceux que le père d’Hadassa peignait lorsqu’elle était enfant, la laissant muette et fascinée ; ceux qui chantent (…)

Celui qui garde ses rêves de Mah Chong-gi

1er février 2014

Celui qui garde ses rêves de Mah Chong-gi

Celui qui garde ses rêves est le livre d’un exilé resté fidèle à sa langue maternelle. Pourquoi ? Parce que son auteur, le poète sud-coréen Mah Chong-gi, a dû fuir son pays pour avoir pris part dans sa jeunesse à des manifestations contestataires. Le voici publié pour la première fois en France. Je suis heureux d’être le passeur de ses textes. Ils prouvent que l’on peut ressortir brisé de la prison, connaître un exil sans retour, perdre ses amis et sa famille et se construire en homme libre. La poésie de (…)

Par la fissure de mes mots d'Evelyne Trouillot

1er décembre 2013

Par la fissure de mes mots d’Evelyne Trouillot

En 2010, paraissait la première anthologie de ma jeune maison d’édition : Terre de femmes, 150 de poésie féminine en Haïti. En quatrième de couverture, un poème inédit d’Évelyne Trouillot, écrit « à mi-chemin entre décombres et étoiles », dans le contexte terrible du séisme qui venait de dévaster son pays. Trois ans plus tard, ce texte est devenu un livre qui donne à voir les réalités contrastées d’une terre fissurée « entre soleils et épouvante ». Pour autant, ce recueil n’est pas le romancero d’un pays ravagé (…)

Un trou énorme dans le ciel

1er décembre 2013

Un trou énorme dans le ciel

« J’étais petite, je suis tombée dans le néant et ma tête s’est fracassée au fond. » Qui parle ainsi au seuil du recueil de Jean-Pierre Luminet ? La réponse nous est donnée avec le texte : c’est Amande, la fille du poète, disparue à un âge et dans des conditions où la mort paraît insoutenable. Un trou énorme dans le ciel est le livre de la perte et du deuil. Dans ce long poème, le poète astrophysicien, spécialiste mondial des trous noirs et du big-bang, est face à la perte insondable de sa propre fille. Un (…)

En pleine figure, Haïkus de la guerre de 14-18

1er novembre 2013

En pleine figure, Haïkus de la guerre de 14-18

Ce livre me pousse à bousculer d’emblée une idée reçue : non, l’art du haïku ne fut pas découvert en France après la destruction d’Hiroshima. Au début du XXe siècle, des poètes initiés à la sensibilité japonaise écrivaient déjà des haï-kaïs publiés dans des revues ou des plaquettes. Lors de la Première Guerre mondiale, de jeunes poètes, qui avaient rendez-vous avec la mort, se sont livrés à cet art de l’esquisse, saisissant un tableau en trois coups de brosse. Leurs noms sont aujourd’hui méconnus mais ils (…)

<i>S'il existe un pays</i>

1er novembre 2013

S’il existe un pays

Le mot de l’éditrice : Poète, éditeur de poètes, ainsi se définit Bruno Doucey. Depuis des années, il se consacre tout entier à faire éclore les oeuvres des poètes qu’il publie dans sa maison mais il n’a jamais cessé de laisser sourdre en lui les poèmes. Simplement, il les a négligés, jetés au fond d’un tiroir, se refusant à en être l’éditeur. Parce que ces textes surgis au fil de ses voyages, de ses rencontres et de son engagement sont l’essence même de ce que sa maison d’édition incarne, je l’ai enfin (…)

Rebâtir les jours

1er septembre 2013

Rebâtir les jours

« Discrétion de l’averse », « Mots sans racines », « Mirage », « Saison de sel » : les poèmes de ce recueil nous rappellent que Salah Al Hamdani vient d’une région de sable et de vent. Un royaume dévasté par la dictature, les guerres et le terrorisme. Un pays à reconstruire. Avec des mots simples et un lyrisme à la puissance contenue, le poète n’évoque pas seulement l’exil qui est le sien, sa mère restée dans la guerre ou les victimes d’une déchirure qui semble ne jamais vouloir prendre fin. Il s’attache aussi (…)

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.