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8 Allée Marcel Paul

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VARENNES-VAUZELLES

Palimpsestes & rigaudons

1er juin 2016

Palimpsestes & rigaudons

L’ANNONCEMENT
et dans peu c’est
la louée de la saint-Jean
on boutera les feux
à la grève à la steppe à rocaille
où la corneille s’affaire et rhââ rhââ
fouaille à même
les laines frisottées souillées
d’herbeux crottins l’entraille verte
et noire où ça bombine et les mottes
de gras fluide les os bleus
la carcasse d’une brebis black face
vague entas au hasardeux tapis des
agrostides alfas alpistes avoines blés chiendents
crételles dactyles fétuque fléoles flouves gramens
ivraies orges oyats (…)

Ce qui sous le blanc se tait

1er juin 2013

Ce qui sous le blanc se tait

tout commence
dans un dédale de rues
dans le même blanc d’une heure
vide, pavée, couchée
entre l’air et le rien du monde
au plus intime et au plus clair
étourdissement du cœur
pour aller pas dans un lieu
pas dans un corps
mais quelque part
dans le dehors de soi
mon souffle en toi
ce que tu murmures
au comble de la douceur

Carnet d’au bord de Sophie G. Lucas

1er juin 2013

Carnet d’au bord de Sophie G. Lucas

Je travaille, je lis, j’organise ma nouvelle vie, je me
fais de précieux amis. Mais lorsque je me regarde
dans le miroir, il y a un trou à la place de mon visage.
Je prie sans prier. Je ne demande rien. Je suis juste
reconnaissante que mes mains puissent ressentir
l’écorce des arbres, l’humus de feuilles et d’aiguilles
de pins.
Mes mains inutiles mais vivantes, loin de moi.
Je n’entends plus la musique que font les mots entre
eux.
L’air ne vient pas.
Une journée presque à ne pas être (…)

Nous valsons

1er octobre 2012

Nous valsons

Il y a comme une jubilation à mettre à distance la gravité par une valse d’images empreintes de l’enfance, sans jamais tomber dans l’insouciance et la naïveté. Car on sait bien de quoi il retourne en toile de fond. Nous valsons pour dire peut-être, nous allons, avec toute la quincaillerie de l’existence, et ça sonne et roule à l’oreille du lecteur pour un vrai grand plaisir.
coeur galactique et nos nuages d’après-guerre
nous prononçons bientôt matin
et au galop ce qui résonne
plus d’embarras (enfin) (…)

Le mystère de la beauté

1er mars 2011

Le mystère de la beauté

Poème
Il est dans la campagne une science que je ne sais
pas lire, quand la pluie commence à tomber
avec la monotonie du soir et que son bruit
interrompt le silence qui croît sur
la pelouse, quand les oiseaux ne
chantent pas. J’effeuille ses pages,
entre le sentier et la roselière
qui cache la rive presque sèche ; et
une logique d’équations automnales
me ravit la lumière qui entrouvrait un
désir d’été, comme si la nuit
était arrivée pour rester. Mais quand
je ferme le livre et que j’oublie (…)

Compris dans le paysage

1er septembre 2010

Compris dans le paysage

Compris dans le paysage, synthétise l’expérience d’une conscience sensible accablée par le mal de se sentir appartenir à la grande infraternité trop souvent abjecte des hommes tout en ne pouvant s’empêcher de s’éprouver vive et nue, surgie qu’elle est, vibrante aussi, parmi les choses.
l’écrire
pour me souvenir
moi
une vie ordinaire sans rien
sans souvenirs immondes sans
grincements de dents
sans que je me sente obligé non plus
d’être
absolument moderne
doutant de tout
ce que pauvrement je (…)

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.