Edward Hopper "En regard de ses peintres"

Auteur : Béatrice Libert

<i>Edward Hopper "En regard de ses peintres"</i>

Par Béatrice Libert et Christophe Durand-Le Menn

"Notre nouvelle collection Pictural offre à deux poètes de s’allier dans la lecture d’un même peintre. Deux poètes concourent à lire une même oeuvre picturale, à la translittérer dans une approche qui ne distingue pas lire et écrire. Les Grecs nous ont laissé ce beau mot d’ekphrasis pour désigner la traduction d’une oeuvre picturale en texte. C’est par leur description que certains tableaux nous sont parvenus ; images mentales plutôt que picturales. Image, dis-je. Oui, car ce passage d’un code sémiotique vers un autre pourrait sembler hasardeux s’il n’y avait, commun et à la peinture et à la poésie, le coefficient image. Image : cela par quoi le beau est ; sans quoi le beau serait impensable. Toute l’affaire de la poésie tient, me semble-t-il, à cette ambition de penser l’image. Or comment penser l’image sinon par les rapprochements qui font intervenir le démon de l’analogie, de la métaphore. Je cherche à dire que l’image ne peut être pensée que par l’image. Cela constitue en soi une source de plaisir. Le bonheur n’est pas ailleurs que dans la rencontre. Pictural naît donc du désir d’établir un réseau d’échos et de convergences entre les poètes et la peinture dans une perspective tout à la fois intertextuelle et intersémiotique. Notre idéal est de créer une pinacothèque et un florilège propres à cette collection. Des voix connues et d’autres tout aussi prometteuses viendront donner à lire leur lecture d’œuvres capitales. Votre lecture sera donc lecture de lectures.

Jalel El Gharbi
Professeur à l’Université de Tunis
Directeur de la collection « Pictural »"

Paru le 1er janvier 2007

Éditeur : Poiêtês Pictural

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Alejandro Jodorowsky

C’est comme ouvrir un menhir avec les mains

Cessez de chercher, vous êtes la porte
et les gardiens qui en interdisent l’accès.
Chaque pas vous éloigne du nombril
chimères assoiffées d’aventure.
Vous croyez que le mariage vous libère de la mort
ou que l’argent vous marque dans la hiérarchie divine.
Cessez de chercher, la conscience est le philtre magique,
L’œil capable de rejoindre les orbites vides de Dieu
traversant la mort. Personne ne se rencontre soi-même
en parcourant les mers ou en explorant les cavernes.
C’est difficile, comme ouvrir un menhir avec les mains
car notre âme est plus dure que la pierre.

Alejandro Jodorowsky, Traduit de l’espagnol (Chili) par Martin Bakero et Emmanuel Lequeux
dire ne suffit pas, no basta decir, Le Veilleur Éditions, 2003.