Elle, séparée

Catherine Leblanc

Cette femme a vécu
Je vois mieux son visage
qui ne regarde pas que moi
mais tant d’autres et l’ombre

Je connais seulement maintenant
alors qu’elle s’achève
sa trajectoire sur cette terre
sa courbe scintillante
son tremblement

Je ne savais donc rien d’elle
à quel point elle était séparée
profonde

Je croyais que je l’aimais
ou la détestais
mais c’était sans importance
Elle s’inscrivait
dans chaque atome

Elle passait
librement
ses mains comme des feuilles

Elle laissait des images
sur un chemin, à une table, devant le feu
son corps changeant à travers les âges
Elle lançait des paroles

Les instants étaient les pièces d’un puzzle
Maintenant se révèle toute sa présence
l’existence d’un nom secret
que personne ne peut prononcer

Son nom de vivante
je le porte en moi comme jamais

Poème
de l’instant

Matthieu Messagier

post-verbum aux demains sans tutelles

la plupart des manèges et la nuit a tardé
dessus les restes hasards de sueurs nouvelles nées
et dès que les rôles emportent les légendes
là où les sons obtiennent le fard à déprendre
sur les voiles de larmes encore rugueuses
que le parage a abandonné derrière lui
des papillons de nuit aux teintes obscurantes
pour ce que leur vie arrête en ce royaume
soudain allument de biais sans que l’os y consente
les us inespérés de mondes en dense et séculiers
et les dés à découdre du moins résolvent les passés
et au chas des jeux de pôles se faufilent d’autres étés
si l’écho des odes après-voir offre la merveille
même surgie d’ailleurs où l’âme se porte sans appareil

inédit pour le Printemps des Poètes