Emily Dickinson

Emily Elizabeth Dickinson naît à Amherst le 10 décembre 1830.

Emily naît au sein d’une famille plutôt aisée, socialement en vue dans la Nouvelle-Angleterre. Ses ancêtres sont avocats, éducateurs, ou fonctionnaires politiques. Son grand-père, Samuel Fowler Dickinson, est notamment le fondateur de l’Amherst College, juge du comté de Hampton dans le Massachusetts et également sénateur. Son père, quant à lui, est avocat, représentant à la Chambre des députés du Massachusetts et représentant pour l’État du Massachusetts au Congrès de Washington. Il épouse Emily Norcross de Monson le 6 mai 1828 avec qui il a trois enfants, William Austin né en 1829, Emily Elizabeth et Lavinia Norcross née en 1833.

Dès son plus jeune âge, Emily est considérée comme une enfant très sage, « parfaite et contente » selon les dires de sa tante, déjà intéressée par la musique, avec des aptitudes particulières pour le piano.

L’éducation d’Emily est rugueuse bien que chaleureuse. Son père, même lorsqu’il voyage, s’intéresse au sérieux de ses enfants. Il rappelle notamment à ceux-ci, dans une lettre de 1837, de « continuer l’école, et d’apprendre, afin de me raconter, quand je reviendrai à la maison, combien de nouvelles choses vous avez apprises  ». Éducation classique de l’époque victorienne donc. Les écrits d’Emily laissent toutefois suggérer que sa mère est souvent froide et distante.

Le 7 septembre 1840, alors âgée de dix ans, Emily entre avec sa sœur au collège d’Amherst, une ancienne école de garçons qui avait ouvert ses portes aux filles deux ans plus tôt. C’est à cette même période que la famille déménage sur North Pleasant Street, dans une immense maison que les enfants considèrent comme un château.

Après le collège, Emily entre à l’Amherst Academy pour y suivre des cours d’anglais, littérature classique, latin, botanique, géologie, histoire, philosophie, et arithmétique. Si son assiduité et son sérieux sont appréciés, elle est néanmoins contrainte à d’assez longues absentes en raison de diverses maladies. Sa plus longue absence a lieu entre 1845 et 1846, année durant laquelle elle n’assiste qu’à onze semaines de cours.

C’est au cours de ses mêmes années que le rapport particulier avec la mort se développe. En avril 1844, Emily assiste à la mort de son amie d’enfance Sophia Holland, victime du typhus. Se remémorant l’événement, Emily écrit : « Il me semblait que je devais mourir aussi s’il ne m’était pas permis de veiller sur elle ni même de regarder son visage. » Totalement bouleversée, elle est envoyée à Boston chez de la famille afin de se rétablir. Lorsqu’elle revient, guérie, elle retourne à l’Amherst Academy et y rencontre Abiah Root, Abby Wood, Jane Humphrey et Susan Huntington Gilbert qui resteront ses amis toute sa vie durant.

En 1846, un an après le Second Great Awakening qui a entrainé la confession de foi de bon nombre de ses proches, Emily écrit à un ami : « Je n’ai jamais connu une paix et un bonheur aussi parfaits que pendant la courte période où je pensais avoir trouvé mon sauveur. » Elle poursuit en précisant que c’était son « plus grand plaisir de communier avec Dieu le Très-Haut et de sentir qu’Il écoutait mes prières. »

Ce sentiment ne dure toutefois pas longtemps et Emily ne fera en fin compte de déclaration de foi formelle. Vers 1852, elle débute notamment un poème ainsi : « Certains suivent le Sabbat en allant à l’église - / Je le suis, en restant à la Maison ».

Ses études terminées – elle a alors fait la rencontre de Leonard Humphrey – Emily part, le 10 août 1847, au séminaire du Mont Holyoke mais n’y reste finalement que dix mois. À son retour à la maison, elle se consacre aux activités domestiques telles que la cuisine, et participe aux manifestations locales et aux activités de la ville universitaire naissante.

En 1848, la famille Dickinson se lie d’amitié avec Benjamin Franklin Newton. Ce dernier, second véritable précepteur d’Emily après Humphrey, lui fait notamment découvrir les écrits de William Wordsworth et lui offre son premier livre de Ralph Waldo Emerson. Newton voit très rapidement en elle une grande poétesse et lui fait savoir. Lorsqu’il meurt de tuberculose, il lui écrit qu’il aimerait vivre jusqu’à ce qu’elle atteigne la grandeur qu’il perçoit.

Si Emily connaît la Bible, elle s’intéresse également à la littérature populaire et contemporaine. Elle découvre et apprécie des auteurs tels que Maria Child, Henry Wadsworth Longfellow ou encore Charlotte Brontë.

Au début des années 1850, après le décès soudain du principal de l’Amherst Academy Leonard Humphrey, seulement âgé de 25 ans, Emily chute à nouveau dans une dépression. C’est aussi durant ces années que la relation entre Emily et Susan Gilbert, future épouse d’Austin, s’intensifie. Emily lui enverra plus de trois cents lettres. Certains historiens disent qu’elles entretiennent en réalité une relation amoureuse mais il demeure encore à ce jour compliqué de l’affirmer.

Au printemps 1855, Emily, sa sœur et sa mère, effectuent un long voyage à Washington puis à Philadelphie où elle rencontre le célèbre pasteur de l’église presbytérienne d’Arch Street Charles Wadsworth avec qui elle noue une solide amitié. C’est à partir de cette période également que la mère d’Emily est victime de nombreuses maladies chroniques qui l’obligent à rester au lit. L’état de cette dernière accroît encore davantage les responsabilités domestiques d’Emily.

À partir de 1858, alors retirée du monde extérieur et ne s’occupant plus que de la vie familiale, Emily commence à retravailler et rassembler ses écrits afin de composer ses premiers livres. De 1858 à 1865, surnommée la « Reine Recluse » par ses voisins, elle crée ainsi quarante fascicules qui contiendront près de huit cents poèmes. Ces écrits ne seront néanmoins découverts qu’à sa mort, et c’est bien la rencontre avec Samuel Bowles, alors propriétaire et éditeur en chef du Springfield Republican, qui lui permet de publier ces premiers poèmes.

En avril 1862, Emily écrit une lettre à Thomas Wentworth Higginson, critique littéraire ayant préalablement rédigé un article visant à donner des conseils aux jeunes écrivains. La lettre d’Emily commence ainsi :

« M. Higginson,
êtes-vous trop occupé pour me dire si mes Vers sont vivants ? »

De cette lettre, qui contient également quelques poèmes, naît une relation particulière qui apporte à Emily un soutien moral. Elle dira, des années plus tard, que Higginson lui a sauvé la vie. Leur correspondance ne s’arrêtera qu’à la mort de la poétesse.
À partir du milieu des années 1860, Emily connaît nombreuses peines liées à la perte d’êtres chers. Le départ de la domestique familiale, partie se marier, accroît encore davantage sa responsabilité, et Emily ne quitte plus la propriété qu’en cas d’absolue nécessité. Lorsqu’elle sort, elle apparaît souvent vêtue d’une simple robe blanche.

Malgré sa réclusion physique, Emily demeure socialement active et s’exprime à travers ce qui constitue deux-tiers des notes et lettres qui nous sont parvenues. En 1868, lorsqu’Higginson la presse de venir à Boston le rencontrer, elle décline l’invitation et écrit : « Je serais très heureuse s’il venait à votre convenance de voyager aussi loin qu’Amherst, mais, moi, je ne traverserai pas les terres de mon Père pour me rendre dans quelque Maison ou ville que ce soit ». Ils ne se rencontreront finalement qu’en 1870, lorsqu’il se rendra à Amherst.

Le 16 juin 1874, le père d’Emily meurt subitement d’une attaque cérébrale. C’est un véritable déchirement pour Emily. Un an plus tard, le 15 juin 1875, c’est sa mère qui subit à son tour une attaque qui la laisse paralysée d’un côté du corps et la fait souffrir de pertes de mémoire. Emily écrit alors : « La Maison est si loin de la Maison ». La mère d’Emily meurt le 14 novembre 1882.

À partir de 1884, à la suite d’une série de décès qui la touchent particulièrement, Emily connaît de nombreuses faiblesses physiques obligeant son frère Austin à très souvent s’occuper d’elle.

Emily meurt finalement le 15 mai 1886, à l’âge de 55 ans, probablement victime pendant plus de deux ans du Mal de Bright. Emily est enterrée dans un cercueil blanc.

Bibliographie

Éditions françaises récentes

  • Un ciel étranger, Traduction de François Heusbourg, Éditions Unes, 2019.
  • Ses oiseaux perdus, Traduction de François Heusbourg, Éditions Unes, 2017.
  • Ainsi parlait Emily Dickinson, Traduction de Paul Decottignies, Éditions Arfuyen, 2016.
  • Nous ne jouons pas sur les tombes, Édition bilingue, Traduction de François Heusbourg, Éditions Unes, 2015.
  • Cinq poèmes, Traduction de François Heusbourg, Éditions Unes, 2013.
  • En Poussière honorée, Traduction de Philippe Denis, La Ligne d’ombre, 2013.
  • Menus abîmes, Traduction d’Antoine de Vial, Éditions Orisons, 2012
  • Poésies complètes, Édition bilingue, Traduction de Françoise Delphy, Flammarion, 2009.
  • Y aura-t-il pour de vrai un matin, Traduction de Claire Malroux, Éditions José Corti, 2008.
  • Car l’adieu, c’est la nuit, Édition bilingue français-anglais, Traduction de Claire Malroux, Éditions Gallimard, 2007.
  • Lieu-dit, l’éternité : Poèmes choisis, Édition bilingue français-anglais, Traduction de Patrick Remaux, Éditions du Seuil, 2007.
  • Avec amour, Emily, Traduction de Claire Malroux, Éditions José Corti, 2001.
  • Quatrains et autres poèmes brefs, Traduction de Claire Malroux, Édition bilingue, Éditions Gallimard, 2000.
  • Lettres au maître, à l’ami, au précepteur, à l’amant, Traduction de Claire Malroux, Éditions José Corti, 1999.
  • Une âme en incandescence, Traduction de Claire Malroux, Éditions José Corti, 1998.
  • Escarmouches, Éditions de La Différence, 1992.
  • Lettre au monde, Éditions le Limon, 1991.
  • Autoportrait au roitelet, Éditions Hatier, 1990.
  • Vivre avant l’éveil, Éditions Arfuyen, 1989.
  • Poèmes, Belin, 1989.
  • Quarante-sept poèmes, Traduction de Philippe Denis, Éditions La Dogana, 1987.
  • Vingt poèmes, Lettres Modernes Minard, 1963.