En attendant la fin du moi de Laurent Fourcaut

En attendant la fin du moi de Laurent Fourcaut

"Sonnets. C’est un livre de sonnets. Dans une forme qui n’a de classique que le moule, hérité d’une tradition toujours vivante - la preuve -, l’auteur, hanté par la grande Moule cosmique, livre une manière de chronique au jour le jour, pleine de dérision et d’amers sarcasmes, de ce monde martyrisé et sans perspectives, mais non sans aspirations désespérées, qui est le nôtre en cette première décennie du siècle.
Réactivant une autre tradition, celle du poème adressé, il dialogue avec l’ami Pierre - Pierre Garrigues, de Tunis, fin sonnettiste -, avec qui il échange presque quotidiennement ces sonnets par e-mail. Poèmes sans tabou aucun, ils disent l’émerveillement à répétition devant les femmes croisées dans les bars du quartiers (Paris, 20ième) ou partout ailleurs, et le désespoir de les saisir jamais. Car le poème est un ghetto où le désir forge son propre miroir aux alouettes, même s’il finit par bâtir aussi un monde, tout un petit monde bas, insurgé et mélancolique sous ce qui reste d’étoiles, où se réfracte quelque chose du réel aimé."

Paru le 1er septembre 2010

Éditeur : Bérenice

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Carl Norac

Petit poème pour y aller

Un poème parfois, ce n’est pas grand-chose.
Un insecte sur ta peau dont tu écoutes la musique des pattes.
La sirène d’un bateau suivie par des oiseaux, ou un pli de vagues.
Un arbre un peu tordu qui parle pourtant du soleil.
Ou souviens-toi, ces mots tracés sur un mur de ta rue :
« Sois libre et ne te tais pas ! ».
Un poème parfois, ce n’est pas grand-chose.
Pas une longue chanson, mais assez de musique pour partir
en promenade ou sur une étoile,
à vue de rêve ou de passant.
C’est un aller qui part sans son retour
pour voir de quoi le monde est fait.
C’est le sourire des inconnus
au coin d’une heure, d’une avenue.
Au fond, un poème, c’est souvent ça,
de simples regards, des mouvements de lèvres,
la façon dont tu peux caresser une aile, une peau, une carapace,
dont tu salues encore ce bateau qui ouvre à peine les yeux,
dont tu peux tendre une main ou une banderole,
et aussi la manière dont tu te diras :
« Courage ! Sur le chemin que j’ai choisi, j’y vais, j’y suis ! ».
Un poème, à la fois, ce n’est pas grand-chose
et tout l’univers.

Carl Norac, inédit, pour le 22e Printemps des Poète / Le Courage