En un seul souffle de Francis Ricard

L’oeuvre poétique de Francis Ricard, né en 1947 à Castres, ne se limite pas à l’écriture. Outre plusieurs recueils de poèmes déjà publiés chez différents éditeurs sa recherche s’exerce en direction de la photographie et d’oeuvres graphiques souvent exposées. Professeur de lettres il enseigne à la campagne et vit à Toulouse.

S’il s’agissait de la réalité ou d’une représentation théâtrale on pourrait imaginer le grand brouhaha causé par tous ceux qui parlent, téléphonent, s’agitent. Soudain un homme se lève et tente de force l’écoute pour faire entendre une phrase. Cette voix, si longtemps retenue, ne peut alors se dire qu’"en un seul souffle", comme en apnée, dans cette urgence du dire. Comme surpris, le vacarme cesse un instant, on écoute, puis le vacarme reprend, indifférent, et recouvre de bruit cette voix qui tentait de se faire entendre.

Ces 54 poèmes sont écrits dans la tension de ce dire, sans ponctuation, sans majuscule. Ils relèvent de l’oralité, proches parfois du langage parlé par centaines tournures et apocopes.
Tantôt tendres comme une confidence murmuréee, à l’affût du bonheur, tantôt humoristiques ou inquiets face à la superficialité de l’époque, la colère est cependant le sentiment qui domine. Ancrée dans le quotidien du monde (critique du public et des médias, violences des guerres et de l’Histoire, violences du quotidien, bêtises des hommes) ces poèmes, dans lesquels la forme est fondamentalement au service du sens, sont un cri lancé à la face de l’inhumaine condition contemporaine.

Paru le 1er février 2007

Éditeur : Cheyne

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Valère Novarina

Chronophobie

Ici-bas dans la tourmente, il danse
Écoutez mes aïeux :
Je danse à la gueule de dieu

Traçant une ligne invisible
Entre n’être et naître pas
Entre naître et n’être pas
J’ai vécu vaille que vaille
Tout au fond d’l’univers
Le réel m’a pris en tenaille
Je danse à cœur ouvert

Le jour venu, mon âme d’animal
Si vous la trouvez en moi
Portez-la dans le sein d’Abraham !

Mai 2019, Valère Novarina, extrait de Chronophobie, poème inédit confié au Printemps des Poètes pour la 11e édition du Prix Andrée Chedid du Poème Chanté.