Entre écritoire et table à cartes

Auteur : Patrick Joquel

Entre écritoire et table à cartes

Préface

Van den Heede l’a fait ! Après trois tentatives infructueuses, il a battu de plus de 29 jours le record du tour du monde à l’envers, contre vents et courants ! Quelle belle navigation pour lui !

Par chance, il était le destinataire du poème de Patrick Joquel, Entre écriture et table à cartes, un poème écrit en « surfant » sur le net, comme on dit. Un poème écrit sur la « toile de fond ». Un poème qui a donc accompagné le tour du monde du marin pour faire, soir après soir, son « tour des mots en solitaire aussi ».

« Ecrire ou partir », aurait pu dire un slogan de la prévention de la vie : l’un et l’autre ont fait le choix, le poète et le marin, et l’un et l’autre sont frères car « on est aussi nu sur le pont de son voilier/ qu’à bord du poème ». « Support papier/support liquide » ? peu importe. Ancre et encre, estompe et estampe, plage et page sont semblables : « à l’ouest de la feuille » il y a le Pot-au-noir et quelque part il y a « nos Horn intimes » que nous avons tous à dépasser. Le voyage, qu’il soit autour du monde en un temps record ou autour d’un écritoire, il est de toute façon un « voyage intérieur », un voyage « dans l’étroit cockpit de nos corps ». Et un petit « sentier du Mercantour » mène tout aussi bien, c’est très connu, « au large de la Terre Adélie ».

« Toi/ lecteur songeur/ que viens-tu chercher » dans le poème de Patrick Joquel ? Quelques mots à becqueter ? Quelques débuts de réponse aux grandes questions ? « Qu’en était-il de (t)oi/ avant que les houles ne (t)e façonnent « ? Et qu’est-ce qu’on appelle toujours le temps qui passe ? Ne serait-ce pas « les lambeaux de notre placenta » que se disputent les goélands ? Ne serait-ce pas nos souvenirs que le ressac raconte ? Car le poème de Patrick Joquel, comme le voyage de Jean-Luc Van den Heede, est un retour à l’enfance, est un poème de la Genèse. Parcourir le monde, sur son écritoire ou sur sa table à cartes, c’est « revenir au monde/ sans l’avoir jamais vraiment quitté/ Revenir au monde comme on revient à soi/ avec au creux de son prénom/ la peluche impalpable d’un rêve ».

Merci donc à Patrice Joquel de nous permettre ce retour au port, ce retour à nous-mêmes ; et merci de nous permettre de « partir aujourd’hui » sans rien savoir du sillage à venir.

Jean-Louis Rambour

Paru le 1er juin 2006

Éditeur : Corps puce

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Arthur Rimbaud

Lettre à sa mère

Inutile de se noircir les idées tant qu’on existe.

Arthur Rimbaud, Lettre à sa mère, Aden, le 15 avril 1882.