Entrées en échanges

Auteur : Pierre Dhainaut

"Le souffle est aussi impérieux sous les portes,
sur les caps, tu l’écouteras davantage
amener de très loin la vague immense qui déferle,
les embruns qui se brisent, et tu écouteras de même
ce qui semble un murmure entre tes lèvres,
tu y auras conscience à la fois d’être unique
et de n’appartenir qu’au monde".

Entrées en échanges, ce titre a d’abord été celui d’un manuscrit, à quelques exemplaires, accompagnant des peintures de Jacques Clauzel. C’est ensuite que le regroupement s’imposa, sous le même titre, d’autres poèmes et d’autres notes écrites entre 2000 et 2002. Ainsi s’est fait jour un ensemble en trois parties : Dans la maison des seuils, Au soleil de l’imprévisible, Légère avance du poème.
C’est dans ce dernier mouvement, fait de courtes proses comme d’autant de méditations sur l’exercice du poème, que l’on trouve dans sa plus grande nudité le ton de voix inimitable de Pierre Dhainaut, dans son interogation frémissante et son humilité : « Les mots ne nous laissent pas seuls, n’en reste-t-il que quelques-uns. Tant d’usages n’ont pas atténué cette urgence de les réunir dans un poème, on sait de moins en moins pourquoi, réunir simplement. »
Ce travail de l’écriture comme une écoute, une attente, et presque une prière : « Nous ignorons, bien sûr, ce que sera le tout : pourtant, dès que s’esquisse un poème, il nous convoque, et si une syllabe est de trop ou trop faible, nous le pressentons. »
Un art de dépossession, tout d’abandon, de lâcher-prise : « Ne pas choisir, saisir l’instant juste pour commencer, pour nous arrêter : en fait, on ne commence pas, on renoue, on ne s’arrête pas, on laisse en suspens. Ce qui convient aux poèmes convient – ou le devrait – à tous nos actes. »

Paru le 1er février 2005

Éditeur : Arfuyen

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Valère Novarina

Chronophobie

Ici-bas dans la tourmente, il danse
Écoutez mes aïeux :
Je danse à la gueule de dieu

Traçant une ligne invisible
Entre n’être et naître pas
Entre naître et n’être pas
J’ai vécu vaille que vaille
Tout au fond d’l’univers
Le réel m’a pris en tenaille
Je danse à cœur ouvert

Le jour venu, mon âme d’animal
Si vous la trouvez en moi
Portez-la dans le sein d’Abraham !

Mai 2019, Valère Novarina, extrait de Chronophobie, poème inédit confié au Printemps des Poètes pour la 11e édition du Prix Andrée Chedid du Poème Chanté.