Épreuves chamaniques

Auteur : Francis Coffinet

Épreuves chamaniques

J’étrangle le feu à sa base

J’arrache une écaille au sommeil

Je rassemble le sel du rituel en petits tas réguliers —

Pourtant je viens vers toi

Sans langage et sans poids —

Je tranche la brûlure en son centre

Je dévie le méridien sur ton visage d’enfant.

L’écriture de Francis Coffinet relève de la tension : tension entre un vers délicat et ciselé, voire même aiguisé, et un bouillonnement d’existence toute charnelle, qui s’impose de l’intérieur ; tension entre une page aérée, où le silence paraît prendre ses aises, et le flux passionné qui affleure sans cesse dans les mots. De réussir à tenir ensemble ces mouvements en apparence contradictoires donne à cette poésie toute sa présence de pensée méditative, comme un grand calme dans le grain savoureux de la vie.

Paru le 1er septembre 2006

Éditeur : Alidades

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Stèles

La cime haute a défié ton poids. Même si tu ne peux l’atteindre, que le dépit ne t’émeuve : Ne l’as-tu point pesée de ton regard ?
La route souple s’étale sous ta marche. Même si tu n’en comptes point les pas, les ponts, les tours, les étapes, - tu la piétines de ton envie.
La fille pure attire ton amour. Même si tu ne l’as jamais vue nue, sans voix, sans défense, - contemple-la de ton désir .

*

Dresse donc ceci au Désir-Imaginant ; qui, malgré toutes, t’a livré la montagne, plus haut que toi, la route plus loin que toi,
Et couché, qu’elle veuille ou non la fille pure sous ta bouche.

Victor Segalen, Stèles, « Stèle au désir », 1912.