Éros Flash-black

Christian Prigent

Au diable le rouge ambre et les falbalas
Et paumons-lui la gueule à Éros si sa
Peau de fesse de berger extravagant
Bleuit de moisi moche aux bosquets d’avant

Quand on fut enfant mes sœurs mes fraîches mes
Cousines dans les rus d’eau fine accroupies
Parmi l’encre l’essence arc-en-ciel le lait
De cuisse et les pipis divisés aux toupies

Du courant. Rien que l’eau blanche des lessives
Laisse aller rose et cobalt entre des rives
Le jus acide exacerbant (c’est cidre ou
L’herbe à la porcelaine de vos genoux).

Christian Prigent
Eté 2011

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.