Essais de voix sur les décombres

Auteur : Bruno Berchoud

<i>Essais de voix sur les décombres</i>

Une explosion n’est pas toujours synonyme de catastrophe. Ainsi, faire sauter une barre HLM compte parmi les gestes de la modernité. Mais le vacarme produit un écho, et certains mots reviennent de très loin.
Les décombres n’ensevelissent rien. Ils ne font au contraire que tirer vers le jour ce qui se croyait enfoui. L’effondrement vient combler ça et là des trous dans la mémoire, et la chute des murs s’écrasant au sol fait vibrer jusqu’aux cordes vocales. C’est peut-être là que l’on commence à parler.
Les voix se croisent, se chevauchent, se côtoient, parfois même arrivent à se répondre, dans un « chaos » somme toute un peu plus ordonné que celui des décombres et de leur silence.
Ouvrage publié avec le soutien du Centre Régional du Livre de Franche-Comté et le Conseil Régional de Franche-Comté.

Paru le 1er janvier 2015

Éditeur : Atelier du grand Tétras

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Carl Norac

Petit poème pour y aller

Un poème parfois, ce n’est pas grand-chose.
Un insecte sur ta peau dont tu écoutes la musique des pattes.
La sirène d’un bateau suivie par des oiseaux, ou un pli de vagues.
Un arbre un peu tordu qui parle pourtant du soleil.
Ou souviens-toi, ces mots tracés sur un mur de ta rue :
« Sois libre et ne te tais pas ! ».
Un poème parfois, ce n’est pas grand-chose.
Pas une longue chanson, mais assez de musique pour partir
en promenade ou sur une étoile,
à vue de rêve ou de passant.
C’est un aller qui part sans son retour
pour voir de quoi le monde est fait.
C’est le sourire des inconnus
au coin d’une heure, d’une avenue.
Au fond, un poème, c’est souvent ça,
de simples regards, des mouvements de lèvres,
la façon dont tu peux caresser une aile, une peau, une carapace,
dont tu salues encore ce bateau qui ouvre à peine les yeux,
dont tu peux tendre une main ou une banderole,
et aussi la manière dont tu te diras :
« Courage ! Sur le chemin que j’ai choisi, j’y vais, j’y suis ! ».
Un poème, à la fois, ce n’est pas grand-chose
et tout l’univers.

Carl Norac, inédit, pour le 22e Printemps des Poète / Le Courage