État stationnaire

État stationnaire

L’idée principale était de favoriser la plus grande immobilité des choses, de parler très peu, et de contempler le plus longtemps possible des intervalles où rien de particulier ne se passait ; et l’idée était aussi d’être heureux dans l’état stationnaire. De ne plus vouloir à côté de l’état où j’étais, mais de me pelotonner dans la chaleur de l’état, dans le réconfort d’une durée, sans aucun accident, ni des pensées ou des imaginations, qui m’auraient poussé à déborder ou entreprendre. Je me contentais très bien des idées nécessaires et de l’imagination suffisante.

Paru le 21 août 2019

Éditeur : Unes

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.