Été (II)

Auteur : Bernard Chambaz

<i>Été (II)</i>

"Épopée contemporaine est aussi un art poétique, faisant écho à Cendrars et aux grands bardes américains : Pound, Williams, Olson… Ce nouveau volume prolonge bien sûr et vient clore ce projet démesuré : le pari aura donc été tenu, d’un bout à l’autre de la planète, même si ces nouveaux chants ont une tonalité plus mélancolique, plus apaisée aussi que les premiers. Qu’ils suivent le cours de la Volga ou des cols italiens, les ombres de Khlebnikov ou de Pétrarque, ils continuent pourtant de dire le drame immobile et la beauté fuyante de la vie - ses miracles infimes, ses illuminations fugaces, dans les méandres de l’Histoire commune et privée."

Paru le 1er septembre 2010

Éditeur : Flammarion

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Carl Norac

Petit poème pour y aller

Un poème parfois, ce n’est pas grand-chose.
Un insecte sur ta peau dont tu écoutes la musique des pattes.
La sirène d’un bateau suivie par des oiseaux, ou un pli de vagues.
Un arbre un peu tordu qui parle pourtant du soleil.
Ou souviens-toi, ces mots tracés sur un mur de ta rue :
« Sois libre et ne te tais pas ! ».
Un poème parfois, ce n’est pas grand-chose.
Pas une longue chanson, mais assez de musique pour partir
en promenade ou sur une étoile,
à vue de rêve ou de passant.
C’est un aller qui part sans son retour
pour voir de quoi le monde est fait.
C’est le sourire des inconnus
au coin d’une heure, d’une avenue.
Au fond, un poème, c’est souvent ça,
de simples regards, des mouvements de lèvres,
la façon dont tu peux caresser une aile, une peau, une carapace,
dont tu salues encore ce bateau qui ouvre à peine les yeux,
dont tu peux tendre une main ou une banderole,
et aussi la manière dont tu te diras :
« Courage ! Sur le chemin que j’ai choisi, j’y vais, j’y suis ! ».
Un poème, à la fois, ce n’est pas grand-chose
et tout l’univers.

Carl Norac, inédit, pour le 22e Printemps des Poète / Le Courage