Être-avec

Auteur : Alain Jouffroy

Être-avec

"À BAUDELAIRE
La beauté était, pour toi, la surprise.
Et tu m’as surpris très tôt,
Hérisson nouveau, larve de Rimbaud,
Chenille avant la mue !
Mais tu es mort de mutisme et
Tu t’es tu, dès longtemps.
Il a fallu d’autres Apollinaire pour
tout relancer, de tes fusées,
Réinventer, sans fleurs, le bonheur,
D’être là – jambes lasses –
Debout, assis, couché, dormant dans tous les cas.
Mais je te reconnais, sans rêver,
À tous les poteaux,
Et même si je m’étais disputé, violemment
parfois, avec toi,
Je t’inviterais ce soir à table,
Où tu ne viendrais peut-être pas.
Je t’embarrasserais avec des femmes, nouvelles.
Des livres non lus,
Et plus que jamais, des utopies.
Tu n’y as jamais cru ? Tant pis.

Paris, 1er-2 juin 2002".

Paru le 1er février 2007

Éditeur : La Différence

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Charles Cros

Sonnet

Moi, je vis la vie à côté,
Pleurant alors que c’est la fête.
Les gens disent : « Comme il est bête ! »
En somme, je suis mal côté.

J’allume du feu dans l’été,
Dans l’usine je suis poète ;
Pour les pitres je fais la quête.
Qu’importe ! J’aime la beauté.

Beauté des pays et des femmes,
Beauté des vers, beauté des flammes,
Beauté du bien, beauté du mal.

J’ai trop étudié les choses ;
Le temps marche d’un pas normal ;
Des roses, des roses, des roses !

Charles Cros, « Sonnet », Le Collier de griffes.