Étreintes mystérieuses

Auteur : Philippe Mathy

Étreintes mystérieuses

avec des œuvres de Sabine Lavaux-Michaëlis

Étreintes mystérieuses est le cinquième numéro de la collection Grand ours publié par l’Ail des ours.
En ouverture, provocation et source du titre, une citation du poète Jaroslav Seifert, prix Nobel de littérature 1984 : « La gloire/ de la ville ne m’en a guère imposé,/sa majesté et sa grandeur ne me tiennent pas/ sous leur charme ;/ j’aime les étoiles, les forêts, les sources, les prés et les fleurs/ et je vais retrouver leur étreinte mystérieuse… » (La Ville en larmes, 1921).
On l’aura compris, ces petites notes poétiques puisées dans la nature environnante témoignent de la quête d’une paix intérieure. « Pourvu qu’on la veille, la lumière germera sous nos paupières », écrit Philippe Mathy. Pourvu que…car il ne s’agit pas seulement de fuir les miroirs aux alouettes qui nous sont tendus mais de réaliser un travail d’attention. Ainsi dans ce petit extrait : « Parfois, on frappe à la porte si doucement que c’est presque inaudible. Ce n’est peut-être que le vent, une fleur, un souvenir, un chien errant, un oiseau égaré… Avoir l’intelligence d’aller ouvrir. »

L’aurore frissonne à l’horizon des champs, parmi quelques nuages appelés à disparaître dans un jour de clarté.
Malgré les ronces, les ombres, les cris, cendres d’hier et de demain rivées dans l’axe des vents, je veux, comme ces nuages, évaporer l’eau de mes peines, goûter à ce jour qui caresse la terre, m’abandonner aux doigts de la lumière, laisser germer en moi les céréales du présent, pour offrir peut-être, un peu de farine aux lèvres des affamés.

Paru le 20 octobre 2020

Éditeur : L’ail des ours

Genre de la parution : Recueil

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Yves Bonnefoy

Poésie et photographie

Mais quand le soleil baisse, une joie confuse, une joie de tout mon corps m’envahit. Je m’éveille, je m’anime. À mesure que l’ombre grandit, je me sens tout autre, plus jeune, plus fort, plus alerte, plus heureux. Je la regarde s’épaissir, la grande ombre douce tombée du ciel : elle noie la ville, comme une onde insaisissable et impénétrable, elle cache, efface, détruit les couleurs, les formes, étreint les maisons, les êtres, les monuments de son imperceptible toucher.
Alors j’ai envie de crier de plaisir comme les chouettes, de courir sur les toits comme les chats ; et un impétueux, un invincible désir d’aimer s’allume dans mes veines.

Yves Bonnefoy, 1923-2016, Poésie et photographie, Éditions Galilée, 2014.