Exit n°76

Exit n°76

es trajectoires sont multiples, leur forme également. Mais d’une manière ou d’une autre, les mots cherchent la lumière, ou du moins, à faire la lumière, à mettre à jour. Les traductions aussi cherchent le bon éclairage, le juste sens, sans trop multiplier les directions tout en évitant de restreindre les effets du kaléidoscope original.

Dans l’ordre, une traduction d’un texte engagé (écrit en confinement à Gaza) de Nathalie Handal, poète d’origine palestinienne, assurée par Marc Delouze et Patricia Nikols, un poème de l’écrivain belge Éric Brogniet saluant son passage au Québec, et une suite traduite par Ann Bats de Rodolfo Häsler, Cubain vivant maintenant à Barcelone. Viennent ensuite des textes de Mario Cholette, ancien membre du comité de rédaction de la revue Exit, qui signe Avec les oiseaux en V une suite remarquable témoignant d’une forme de retraite, d’un écart ou d’un regard venant de la marge, d’un angle mort, ou d’un angle vivant chevauchant une autre médiane. Puis sous le titre de Freightliner maman, les poèmes percutants d’Erika Soucy, se référant à la mère, qui nous sortent de la demeure, ou plutôt qui transportent la demeure, tantôt dans les recoins d’une valise qu’on voudrait discrète, tantôt comme un panache, un trophée sur le toit d’un camion. Finalement, pour clore la section régulière du numéro, nous accueillons Francis Catalano, fidèle collaborateur de la revue Exit, et ses Météorologiques, une suite poétique où défilent les heures, les semaines, les mois, les saisons, les climats. Entre les traces de neige ou les parcelles de feuilles se précise, soufflé, un trajet transportant des éclats de soleil qui tentent de former un nid, une demeure à l’abri du temps.

Dans la section Dialogue, Étienne Lalonde présente Des avantages à la lumière : une poésie irlandaise. Ce dossier nous fait découvrir sept poètes irlandais contemporains : Sara Tolchin (dont le vrai nom est Sara Berkeley), Conor O’Callaghan, Paul Grattan, Alan Jude Moore, Vona Groarke, Maurice Riordan et Pat Boran. Bien ancrés dans la modernité, ces poètes cherchent, explorent, se démêlent avec les racines et le présent à nommer ; simplement, ils contribuent à bâtir le corpus irlandais. Ces poètes composent avec une histoire riche, à nous de comprendre et d’établir des liens.

Bonne lecture !
Stéphane Despatie

Paru le 1er octobre 2014

Éditeur : Gaz Moutarde

Genre de la parution : Revue

Poème
de l’instant

Évariste de Parny

Poésies érotiques

Enfin, ma chère Éléonore,
Tu l’as connu ce péché si charmant
Que tu craignois, même en le désirant ;
En le goûtant, tu le craignois encore.
Eh bien, dis-moi ; qu’a-t-il donc d’effrayant ?
Que laisse-t-il après lui dans ton âme ?
Un léger trouble, un tendre souvenir,
L’étonnement de sa nouvelle flamme,
Un doux regret, et surtout un désir…
… Moments délicieux, où nos baisers de flamme,
Mollement égarés, se cherchent pour s’unir !
Où de douces fureurs s’emparant de notre âme,
Laissent un libre cours au bizarre désir !

Évariste de Parny, Poésies érotiques, 1778.