Fatrasies

Michel Besnier

 Un bidon bidon
 plus tout à fait rond
 percé bien percé
 presque plus de fond
 rougeâtre et marron
 jusqu’à l’os rouillé
 marque d’essence effacée
bien cabossé le giron
trop vieux pour être jeté
ou recueillir les tritons
c’est bien assez pour pleurer

 Joli vin pointu
 je lis « mes fûts tuent »
 fumer tue aussi
 et le lard qui sue
 le fromage obtus
 le jambon qui scie
pourquoi s’inquiéter ainsi
de la mort et de l’abus ?
que la vie soit fatrasie
joie de bouche joie de cul
joie de cœur et poésie

Poème
de l’instant

Avis

Voyageurs du soir qui suivez la rumeur
Des vagues et l’étoile bleue des baies,
Gardez-vous de trop songer à vos songes
Et d’héberger pour longtemps les chagrins
Qui saccagèrent votre vie passée.
Il est au bout de la nuit une terre tout ensemble
Proche et lointaine que le jour naissant
Exalte d’hirondelles et de senteurs de goyave.
Un pays à portée de cœur et de sourire
Où le désir de vivre et le bonheur d’aimer
Brûlent du même vert ardent que les filaos.
Craignez de le traverser à votre insu :
Les saisons sur vos talons brouillent le paysage ;
Mais chaque pas est la chance d’un rêve.

Fatho Amoy, « Avis », Chaque aurore est une chance, Éditions CEDA, 1980.