Figure rose

Auteur : Emmanuel Moses

<i>Figure rose</i>

Echo d’une blessure intime dont elle est la métaphore distante et discrète, la poésie d’Emmanuel Moses conserve une mémoire presque nostalgique de la tradition "classique" européenne, rongée pourtant par une ironie plus inquiète que désabusée. La référence picturale imprègne Figure rose dès son titre et s’applique idéalement à des "vignettes", des séries de poèmes miniatures ("carte postales blanches", dit un intertitre) fixant l’image d’un temps suspendu ou d’un paysage aboli. Dans ces décors figés comme au détour d’un rêve où planerait une menace inaperçue, la violence archaïque refait parfois surface - et c’est littéralement qu’il faut aborder par exemple les brèves scènes regroupées sous le titre :Je les tuai tous.
La poésie d’Emmanuel Moses s’en tient depuis l’origine à un prosaïsme revendiqué, un refus de la transcendance et du "sublime" : c’est une écriture d’après le désastre, en quelque sorte, dont l’auteur poursuit l’inscription sans amertume, même s’il a "oublié depuis longtemps/ la musique pour laquelle/ il avait pris la route".

Paru le 1er septembre 2006

Éditeur : Flammarion

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Charles Cros

Sonnet

Moi, je vis la vie à côté,
Pleurant alors que c’est la fête.
Les gens disent : « Comme il est bête ! »
En somme, je suis mal côté.

J’allume du feu dans l’été,
Dans l’usine je suis poète ;
Pour les pitres je fais la quête.
Qu’importe ! J’aime la beauté.

Beauté des pays et des femmes,
Beauté des vers, beauté des flammes,
Beauté du bien, beauté du mal.

J’ai trop étudié les choses ;
Le temps marche d’un pas normal ;
Des roses, des roses, des roses !

Charles Cros, « Sonnet », Le Collier de griffes.