Figure rose

Auteur : Emmanuel Moses

<i>Figure rose</i>

Echo d’une blessure intime dont elle est la métaphore distante et discrète, la poésie d’Emmanuel Moses conserve une mémoire presque nostalgique de la tradition "classique" européenne, rongée pourtant par une ironie plus inquiète que désabusée. La référence picturale imprègne Figure rose dès son titre et s’applique idéalement à des "vignettes", des séries de poèmes miniatures ("carte postales blanches", dit un intertitre) fixant l’image d’un temps suspendu ou d’un paysage aboli. Dans ces décors figés comme au détour d’un rêve où planerait une menace inaperçue, la violence archaïque refait parfois surface - et c’est littéralement qu’il faut aborder par exemple les brèves scènes regroupées sous le titre :Je les tuai tous.
La poésie d’Emmanuel Moses s’en tient depuis l’origine à un prosaïsme revendiqué, un refus de la transcendance et du "sublime" : c’est une écriture d’après le désastre, en quelque sorte, dont l’auteur poursuit l’inscription sans amertume, même s’il a "oublié depuis longtemps/ la musique pour laquelle/ il avait pris la route".

Paru le 1er septembre 2006

Éditeur : Flammarion

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.