Fleury l’été

de Lucienne Deschamps

Fleury l'été

Les meilleures figures en sport comme en littérature, ne se voient pas immédiatement mais apportent de la force à la performance, du rêve aux spectateurs. Lucienne Deschamps publie
aujourd’hui Fleury l’été, où l’on entend tout un champ des possibles qui convient bien à ce recueil. « Fleurit l’été » bien sûr, dans la tête parfois des prisonniers, femmes ou homme, à qui elle donne des ateliers de théâtre et de chanson, « Fleury l’était », avec ce « l’ » mystérieux, ce que l’expérience a pu provoquer en elle, en eux, ce « l’ » cachant sans doute de nombreux adjectifs, mais lequel conviendrait le mieux ? « Fleurs, île, été », et c’est encore le rêve.

Il y a un peu de tout ça dans cet ouvrage où le travail mené par Lucienne Deschamps en prison résonne, d’une manière différente, en nous, en eux. Un premier recueil qui peut paraître tardif, mais on met parfois une vie à mûrir une œuvre, avant même de l’écrire. Ce n’est en réalité, à l’échelle de l’humanité, « Ni trop tôt et ni trop tard », comme le chantait Jeanne Moreau de façon faussement légère sur les mots de Rezvani. Les poèmes de Lucienne Deschamps auraient pu être graves, ils ne le sont pas. On ne saura pas la raison de la présence en prison de ces personnes, elle ne souhaite pas le savoir, certains ont peut-être perdu leur humanité, alors que dans ces moments suspendus, hors-temps et, pourrait-on dire, hors-sol, elle ne doit pas, ne peut pas perdre la sienne. D’ailleurs, il est question de l’avant, de l’après, des alentours, de la confrontation entre l’extérieur et l’intérieur, du chemin parcouru par Lucienne Deschamps, de façon concrète comme métaphorique.

On entend plusieurs voix dans sa voix, dans une polyphonie d’émotions, c’est un livre qui se lit, mais qui aussi s’entend, se dit, se porte… de même que cette porte difficile à ouvrir, comme à refermer.

Matthias Vincenot

Paru le 27 avril 2020

Éditeur : Le Temps des cerises

Genre de la parution : Recueil

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Ludovic Janvier

Bientôt le soleil

« Je ne cherche pas l’essor, l’oubli, la grâce, je sais qu’ils me sont impossibles. Et d’ailleurs je ne le voudrais pas. L’ange me fait peur. Non, je cherche la présence et le poids, ou plus exactement la présence me cherche, le poids me trouve, le poids sur moi de la lumière comme un mur, la présence à plein regard de la mer qui fait masse ou du feuillage hanté par le ciel. De sorte que les jours de timidité, ou de trop fort vouloir, je reste pris dans la glu du moment, prisonnier du trop plein jusqu’à la nausée. Les jours de décision, j’allais dire de légèreté mais ne te vante pas, je vois sortir de moi une réponse, plus ou moins claire, plus ou moins simple, plus ou moins forte. Content ? Non, jamais content. Mais, quand même, content. »

Ludovic Janvier, Bientôt le soleil, Flohic Éditions, 1998.