Fractions d’infinis d’Yve Bressande

Fractions d'infinis d'Yve Bressande

1999 / 2012 Fractions d’infinis – Exil / Exils. Ce poème résulte d’un parcours d’écriture qui se déroule sur deux siècles, deux millénaires, et trouve aujourd’hui un premier aboutissement. C’est un exil dans les mots, un voyage, une errance, par définition inachevée, inachevable, presque inavouable. Matériau composite, ce poème est le fruit d’une longue sédimentation et d’un « don » de mots.

Si je vous dit exil, donnez-moi trois mots. Ces mots ont trouvé leur place en forme de balises, d’étoiles, de boussoles ; [ soute, crainte, interprète, désir, purification, Lexomil, … ]

« Des hommes égarés marchent à contre-jour

Tant de visages traversés

Au membre farouche d’un ruisseau de mars

Tu as donné ton ventre à qui voulait naître

Tu es messagère de Babel éteinte »

L’exil est de tous les temps, de toutes les géographies. Toujours des êtres qui se rencontrent, se confrontent, se racontent, se battent, s’aiment, se tuent, se reproduisent, se métissent.

Femmes, enfants, hommes, migrent, émigrent, poussés par la misère, les guerres, la famine, la violence, la folie, le désir. Au milieu de ce tourbillon, il y a ceux qui restent, qui ne bougent pas, qui s’accrochent à leur terre, à leur langue, à un bout de trottoir.
Multitude de points fixes, multitude de points mouvants.

Yve Bressande,

amateur à plein temps, citoyen du monde, diseur de poésie, comédien, etc. Colporteur de mots, agence de voyage pour mots en mal de langue, il les charrie d’une oreille à l’autre là où on le lui demande, là où on ne le lui demande pas.

Depuis plus de trente ans, Yve Bressande consacre sa vie à la poésie et à l’écriture.
En 1981, alors qu’il est encore étudiant, il réactive l’atelier poésie contemporaine de l’Université Lumières Lyon II, et organise plusieurs manifestations auxquelles participent (entre autres) Bernard Noël, Alain Rais, Jacques Reda, Patrick Dubost…
L’année suivante, il succède à Jean-Yves Debreuille (dont il a été l’étudiant) pour organiser et animer plus de 150 « Apéritifs poétiques » à Lyon, au Théâtre-des-Trente.
Lieu qu’il reprendra plus tard avec d’autres poètes sous le nom de « Carré 30 » où se développeront Cafés et spectacles poétiques.

Il participe à de très nombreuses lectures, interventions, « performances », spectacles, toujours en lien avec la poésie et dans des lieux très divers tels que : cafés, caves, théâtres, médiathèques, galeries d’art, festivals, jardins, squats, écoles, usines, hôpitaux, mais aussi dans les rues, chez des particuliers, sur un échafaudage, sous un hangar…

Yve Bressande publie très peu. Sa poésie est essentiellement tournée vers l’oralité, le souffle, la mise en jeu du corps. « Je n’écris pas de la poésie, je recopie le poème que j’entends dans ma tête. Le poème préexiste en moi et c’est ma voix qui le construit. » En cela il est sans doute plus proche du compositeur que de l’écrivain.

Vous pouvez le croiser entre Lyon et les Terres-Froides, dans un train, au long d’un chemin, à la terrasse d’un café… Le reste du temps il écrit, parle avec les chats, regarde pousser les plantes de son jardin.

Paru le 1er décembre 2012

Éditeur : Jacques André éditeur

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.