Gatti, poète avec les mots du journaliste

Auteur : Armand Gatti

Gatti, poète avec les mots du journaliste

Par Marc Kravetz :

“C’est d’abord une histoire d’orthographe et de grammaire, puis tu te prends au jeu et cela te conduit au maquis.” D’emblée, le ton est donné. Dramaturge, poète, mais surtout homme d’action, Armand Gatti a une conception pragmatique du langage. Loin des fioritures rhétoriques, Gatti use de la langue comme d’une arme. Son œuvre, dont on a pu dire qu’elle était le “poème du siècle”, est une interrogation constante - par tous les moyens (poésie, théâtre, écriture collective, cinéma, etc.) - sur les possibilités qui s’offrent à l’homme de devenir plus grand que l’homme. Gatti ne cherche pas à décrire le passé - il ne fait pas œuvre d’historien - mais à le changer - démarche poétique. D’où la présence bouleversante dans toute son œuvre de ceux qui sont morts et à qui il offre la possibilité, le temps de l’écriture et de la représentation, de vivre les multiples existences dont ils ont été porteurs.

Paru le 1er décembre 2003

Éditeur : Jean-Michel Place

Genre de la parution : Essai

Poème
de l’instant

Charles Cros

Sonnet

Moi, je vis la vie à côté,
Pleurant alors que c’est la fête.
Les gens disent : « Comme il est bête ! »
En somme, je suis mal côté.

J’allume du feu dans l’été,
Dans l’usine je suis poète ;
Pour les pitres je fais la quête.
Qu’importe ! J’aime la beauté.

Beauté des pays et des femmes,
Beauté des vers, beauté des flammes,
Beauté du bien, beauté du mal.

J’ai trop étudié les choses ;
Le temps marche d’un pas normal ;
Des roses, des roses, des roses !

Charles Cros, « Sonnet », Le Collier de griffes.