Ghérasim Luca, Passio-passionnément

Auteur : André Velter

Comme son ami Paul Celan, Ghérasim Luca est né en Roumanie dans un milieu juif ashkénaze. Comme lui, il apparaît désormais au rang des poètes les plus singuliers du XXe siècle. Comme lui encore, sacrifice en forme de citation, il s’est suicidé en se jetant à la Seine depuis un pont de Paris.
L’œuvre de Luca se trouve dans ses livres, mais aussi dans ses disques et le souvenir des récitals publics qu’il donnait régulièrement. Car il est l’homme de la voix haute par excellence : celui qui fait rendre gorge à la langue qu’il s’est choisie. Deleuze a vu en lui « le plus grand poète français », précisément parce qu’il a su décontruire et recomposer un langage d’emprunt jusqu’à en faire une parole d’effraction et de révélation.
Du vivant de Ghérasim Luca, André Velter lui a consacré plusieurs articles du Monde des Livres et enregistré deux de ses récitals pour France Culture. Dans cette nouvelle approche, il tente un pari inédit afin d’assurer à l’auteur de Héros-Limite un surcroît de présence. La forme restituée d’un dialogue, improvisé avec Zéno Bianu, fait en effet progresser la pensée par rebonds successifs, à la manière des poèmes de Luca qui s’inventent par séquences et saccades.

Collection JMP/Poésie.

Paru le 1er novembre 2001

Éditeur : Jean-Michel Place

Genre de la parution : Essai

Poème
de l’instant

Carl Norac

Avant de tout dire

Toute la beauté du monde, je ne peux pas te la dire. Mais rien ne m’empêche d’un peu l’approcher avec toi.

Il y a de si grands murs qui cachent les jardins, des dépotoirs au bord des plages, des ghettos dans des îles, tant de blessures aux paysages.

Par bonheur, un peu de splendeur demeure alentour et le dire, même tout bas, par amour, c’est croire encore qu’un jour, nous irons la trouver, toute la beauté du monde.

Carl Norac, « Avant de tout dire », Le livre des beautés minuscules, Éditions Rue du Monde.