Guillaume Apollinaire

Guillaume Apollinaire, de son nom complet Guglielmo Alberto Wladimiro Alessandro Apollinare de Kostrowitzky, naît le 25 août 1880 à Rome. Apollinaire est donc en réalité, et ceci jusqu’à sa naturalisation en 1916, le cinquième prénom de Guillaume.

La mère de Guillaume, Angelika Kostrowicka, naît à Nowogródek, dans le grand-duché de Lituanie appartenant alors à l’Empire russe, au sein d’une famille de la petite noblesse polonaise. C’est à la mort de son père qu’elle décide de partir vivre à Rome où elle devient la maîtresse d’un noble. Elle tombe enceinte après quelques années de service. Mais souhaitant rester anonyme, son fils Guillaume est tout d’abord déclaré à la mairie comme étant né le 26 août 1880 d’un père inconnu et d’une mère voulant justement rester anonyme, de sorte que le jeune Guillaume fut affublé d’un nom de famille d’emprunt : Dulcigny. Il lui faut attendre quelques mois pour que sa mère le reconnaisse et qu’il prenne alors le nom qu’on lui connait. Selon l’hypothèse la plus probable, il est le fils d’un officier italien, Francesco Flugi d’Aspermont. En 1882 naît son demi-frère Alberto Eugenio Giovanni.

En 1887, Angelika part s’installer à Monaco avec ses fils sous le nom d’Olga de Kostrowitzky. Accusée de gagner sa vie comme entraineuse dans les casinos, elle est très rapidement fichée et arrêtée par police. Guillaume, encore très jeune, est placé en pension au collège Saint-Charles, alors dirigé par les frères Maristes, où il s’avère être un très bon élève. En 1995, il part étudier au lycée Stanislas de Cannes puis échoue au baccalauréat passé au lycée Masséna de Nice. Il ne se représentera pas.

Lors de l’été 1899, Guillaume et son frère son placés à la pension Constant de la petite bourgade wallonne de Stavelot. Néanmoins, ils se voient contraints, le 5 octobre, de fuir secrètement la pension car leur mère n’a en réalité pas payé la note de l’hôtel. Cet épisode marquera l’imaginaire de Guillaume. Angelika fut toujours considérée comme une femme et une mère particulière. L’écrivain et critique Paul Léautaud dit notamment d’elle qu’elle est « exubérante », et « d’une allure un peu à part ».

Âgé de vingt ans, Guillaume part s’installer à Paris où, contraint par la précarité, il passe un diplôme de sténographie pour ainsi devenir, comme son demi-frère, employé de banque. Guillaume travaille également pour l’avocat Esnard pour qui il écrit le roman-feuilleton Que faire ? qui paraît dans le Le Matin. Il ne sera jamais payé et décidera donc pour se venger de séduire la maîtresse d’Esnard.

À partir de mai 1901, il devient le précepteur de la fille d’Élinor Hölterhoff, vicomtesse de Milhau, d’origine allemande et veuve d’un comte français. Débute alors la période que l’on appelle « rhénane » dont ses recueils portent la trace. Il s’éprend de la gouvernant anglaise de la petite fille, Annie Playden qui refuse ses avances. C’est en juillet 1901 que paraît son premier article à l’hebdomadaire Tabarin dirigé alors par Ernest Gaillet. Ses premiers poèmes paraissent quelques mois plus tard, en septembre, dans la revue La Grande France sous le nom Wilhelm Kostrowitzky. Guillaume arrêtera son activité de précepteur le 21 août 1902.

En novembre 1903, il fonde Le festin d’Ésope, mensuel de belles lettres dans lequel il publie quelques poèmes. Sont également publiés des textes de ses amis André Salmon, Alfred Jarry et Mécislas Golberg, entre autres.

C’est en 1907 qu’il rencontre l’artiste peintre Marie Laurencin avec qui il entretient une relation tumultueuse pendant sept ans. C’est à cette même période qu’il commence à vivre de la publication de ses écrits et qu’il se lie d’amitié avec nombreux artistes tels que Pablo Picasso, Antonio de La Gandara, Jean Metzinger, Edmond-Marie Poullain, Paul Gordeaux, André Derain et Maurice de Vlaminck pour ne citer qu’eux.

En 1909, il publie L’Enchanteur pourrissant, écrit alors qu’il n’était âgé que de dix-huit ans seulement. Mélange de théâtre, de poésie et de roman, le texte est alors orné de reproduction de bois gravés d’André Derain.

Le 7 septembre 1911, Guillaume est accusé de complicité de vol de La Joconde. Il passe une semaine à la prison de la Santé. Cette même année, il publie son premier recueil de poésie intitulé Le Bestiaire ou Cortège d’Orphée, orné cette fois-ci des gravures de Raoul Dufy. En 1913 paraît aux éditions Mercure de France son recueil Alcools, regroupant l’ensemble de ses compositions poétiques depuis 1898.

« Le Pont Mirabeau » et « Le Voyageur » sont enregistrés par Guillaume le 24 décembre 1913. Ces documents sonores sont conservés à la Bibliothèque nationale de France
Lorsque la guerre débute, Guillaume tente de s’engager dans l’armée française mais il est ajourné car il n’a pas encore la nationalité française qu’il n’obtiendra qu’en 1916. En décembre 1914, peu de temps après son arrivée à Nice, il rencontre lors d’un déjeuner Louise de Coligny-Châtillon, femme divorcée menant une vie très libre dont il s’éprend très rapidement. Celle qu’il surnomme Lou met du temps avant de lui accorder ses faveurs. Lorsque Guillaume part faire ses classes à Nîmes – sa demande d’engagement ayant entre-temps été acceptée – il lui écrit au rythme d’une lettre par jour. Il lui joint également de nombreux poèmes qui seront rassemblés plus tard dans le recueil Ombre de mon amour puis dans Poèmes à Lou.

Dans une lettre datée du 28 septembre, Guillaume écrit : « Vous ayant dit ce matin que je vous aimais, ma voisine d’hier soir, j’éprouve maintenant moins de gêne à vous l’écrire. Je l’avais déjà senti dès ce déjeuner dans le vieux Nice où vos grands et beaux yeux de biche m’avaient tant troublé que je m’en étais allé aussi tôt que possible afin d’éviter le vertige qu’ils me donnaient. »

L’amour n’est pourtant pas réellement réciproque, et la veille de son départ au front, en mars 1915, Guillaume et Lou rompent tout en se promettant de rester amis. Il part avec le 38e régiment d’artillerie de campagne pour le front de Champagne le 4 avril 1915. Au front, il continue d’écrire, à Lou, de nombreux amis mais également à Madeleine Pagès, jeune fille rencontrée dans un train le 2 janvier 1915. En août de la même année, à la suite d’une intense correspondance, Guillaume demande Madeleine en mariage. Cette dernière accepte.

En novembre 1915, dans le but de devenir officier, il est transféré à sa demande dans l’infanterie, au 96e régiment d’infanterie avec le grade de sous-lieutenant. À la Noël, il part pour Oran retrouver sa fiancée pour sa première permission.

Le 17 mars 1916, quelques jours après sa naturalisation, il est blessé à la tempe par un éclat d’obus. Évacué à Château-Thierry, il est transféré vers le Val de Grâce, à Paris. Il y est trépané le 10 mai 1916 puis entame une longue convalescence au cours de laquelle il cesse d’écrire à Madeleine. Fin octobre, son recueil de contes Le Poète Assassiné est publié et la parution est couronnée, le 31 décembre, par un mémorable banquet organisé par ses amis dans l’Ancien Palais d’Orléans.

C’est en mars 1917 qu’apparaît le terme de surréalisme dans une lettre envoyée à Paul Dermée. Le 11 mai, il est déclaré définitivement inapte à faire campagne aux armées par la commission médicale et reclassé dans un service auxiliaire.

En avril 1918, les Éditions Mercure de France publient son nouveau recueil de poésies intitulé Calligrammes. Le 2 mai, il épouse Jacqueline, la « jolie rousse » du poème éponyme.

Affaibli par sa blessure, Guillaume meurt le 9 novembre 1918 chez lui, au 202 boulevard Saint-Germain.

Bibliographie

Poésie

  • Alcools, Collection Folio+Lycée, Éditions Gallimard, 2019.
  • Alcools, Illustrations de Louis Marcoussis, Éditions Gallimard, 2018.
  • Tout terriblement, Éditions Gallimard, 2018.
  • Poèmes en guerre, Les Presses du Réel, 2018.
  • Calligrammes, Poèmes de la paix et de la guerre (1913-1916), Éditions Gallimard, 2014.
  • Alcools, Éditions Gallimard, 2013.
  • Et moi aussi je suis peintre, album d’idéogrammes lyriques coloriés, Éditions Le temps qu’il fait, 2006.
  • Soldes, poèmes inédits, Éditions Fata Morgana, 1985
  • Poèmes à Lou, Éditions Pierre Cailler,1955.
  • Le Guetteur mélancolique, recueil posthume de poèmes inédits, Éditions Gallimard, 1952.
  • Poèmes secrets à Madeleine, Édition Pirate, 1949.
  • Ombre de mon amour, poèmes adressés à Louise de Coligny-Châtillon, Cailler, 1947.
  • Il y a… , recueil posthume, Albert Messein éditeur , 1925.
  • Calligrammes, Éditions Mercure de France, 1918.
  • Vitam impendere amori, Illustrations d’André Rouveyre, Éditions Mercure de France, 1917.
  • Alcools, Éditions Mercure de France, 1913.
  • Le Bestiaire ou Cortège d’Orphée, illustré de gravures par Raoul Dufy, Deplanche, 1911.

Romans et contes

  • Les Épingles, contes, 1928.
  • La Femme assise, inachevé, édition posthume, Éditions Gallimard, 1920.
  • Le Poète assassiné, contes, Bibliothèque de Curieux, 1916.
  • Les Trois Don Juan - L’Histoire romanesque 2/3, Bibliothèque de Curieux, 1915.
  • La Fin de Babylone - L’Histoire romanesque 1/3, Bibliothèque des Curieux, 1914.
  • La Rome des Borgia, qui est en fait de la main de René Dalize, Bibliothèque des Curieux, 1914.
  • Les Exploits d’un jeune Don Juan, roman érotique, publié sous couverture muette, 1911.
  • L’Hérésiarque et Cie, contes, Éditions Stock, 1910.
  • L’Enchanteur pourrissant, illustré de gravures d’André Derain, Kahnweiler, 1909.
  • Les Onze Mille Verges ou les Amours d’un hospodar, roman érotique publié sous couverture muette, 1907.
  • Que faire ?, roman-feuilleton paru dans le journal Le Matin, signé Esnard, 1900.
  • Mirely ou le Petit Trou pas cher, roman érotique écrit sous pseudonyme pour un libraire de la rue Saint-Roch à Paris, ouvrage perdu, 1900.

Théâtre et Cinéma

  • Les Mamelles de Tirésias, drame surréaliste en deux actes et un prologue, 1917.
  • La Bréhatine, scénario de cinéma écrit en collaboration avec André Billy, 1917.
  • Couleur du temps, 1918, réédition 1949.
  • Casanova, Comédie parodique, Éditions Gallimard, 1952.

Livre audio

  • Alcools, Lu par Bernard Métraux, Éditions Gallimard, 2013.

Correspondance

  • Correspondance 1913-1918, Avec Paul Guillaume, Éditions Gallimard, 2016.
  • Correspondance générale, 5 volumes, Honoré Champion, 2015.
  • « Mon cher petit Lou », Éditions Gallimard, 2014.
  • Lettres à Lou, Éditions Gallimard, 2010.
  • Correspondance avec les artistes (1903-1918), Éditions Gallimard, 2009.
  • Lettres à Madeleine, Éditions Gallimard, 2006.
  • Guillaume Apollinaire : correspondance avec son frère et sa mère, Libraire José Corti, 1987.

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