Habitant le qui-vive

Auteur : Sabine Dewulf

 Habitant le qui-vive

Sabine Dewulf a écrit les poèmes de ce livre en découvrant une œuvre tissée de l’artiste Ise. « Une œuvre nous devient nécessaire lorsque les liens que nous entretenons avec elle se déploient dans la durée, tout en se ramifiant pour ouvrir dans le cœur et l’esprit d’immenses perspectives. C’est ce qui s’est produit pour moi lorsque j’ai découvert ce Porte-monde conçu et réalisé par Ise (…). Sur ce visage isolé, qui se laisse entraîner par la Terre autant qu’il la soutient, j’ai d’abord projeté mon vertige intime, mon propre "qui-vive". La situation particulière de cette face suspendue, qui la prive visuellement de corps, m’a poussée à lui en suggérer un autre : le monde lui-même. »

En bataille
contre moins que le vent,
tu supportes ce monde.
 
D’une rumination ta mémoire est enflée,
tu pleus du gris sans larmes.
 
Nuage, étouffement,
laisse rage rugir.
 
D’un geste lent
j’ai refermé la cicatrice
 
mais tu ne le sais pas, habitant le qui-vive.
 
Simple,
ce qui brûle.

Paru le 13 mai 2022

Éditeur : L’herbe qui tremble

Poème
de l’instant

Le Chant du métèque

Vous ne saurez jamais ma soif mon angoisse
des visages douloureux, des nébuleuses obscures,
des sourires lumineux, des carrefours tordus,
du temps qui naît, du temps qui meurt,
des fenêtres closes, des tombes étales
sous le baiser humide du ciel.

Jean Malaquais, « Le Chant du métèque », Revue Caravanes 7, Éditions Phébus, 2001.