Habiter l’arbre

Auteur : Emmanuel Merle

Habiter l'arbre

Illustrations d’Élisabeth Bard.

L’arbre, dense et rugueux. Rien qu’une syllabe pour dire l’âme du monde.

Le tronc et les branches écartent le courant de l’air et c’est le langage qui naît. Les feuilles
palpitent, c’est la lumière qui parle.

Voyageur immobile, exilé là où il se dresse, l’arbre peint le paysage intime.

« Les bras, les branches »

Il voulait toujours habiter l’arbre.

Quand il atteignait l’embranchement,
le vertige le saisissait, même
à deux mètres du sol.

L’enfant dans un arbre, une divinité
simple, d’avant le monde, l’accord parfait.

Mais pas lui.
Refusée cette liberté
du geste : bras et branches, presque
frères et sœurs en paroles.

N’empêche, l’enfant dans l’arbre,
comme l’enfant-loup, hirsute,
heureux, héroïque sans mission
que de vivre.

Refusée cette joie,
sauf quelquefois, dans les mots,
quand le vent premier les agite.

L’oreille interne écoute palpiter leur sève.

Paru le 10 septembre 2020

Éditeur : Voix d’encre

Genre de la parution : Recueil

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Maximine

Dits de la folie des pivoines

La vie va la poésie dure
Tout comme Hokusaï qui dit-on
Chaque jour dessinait un lion
Je taillerai dans la verdure

Une pivoine chaque jour
Comme ça pour le seul plaisir
D’être là de n’en pas mourir
Et d’aimer dire mon amour

Maximine, « Dits de la folie des pivoines », Revue Caravanes 7, Éditions Phébus, 2001.