Hauts sont les Monts

Auteur : Bernadette Engel-Roux

<i>Hauts sont les Monts</i>

"Hauts sont les monts, sceaux blancs plombant les vals où dort l’effroi des bourgs, Halt sunt li pui e tenebrus e grant, Li val parfunt e eles ewes curant, dans l’ombre hermine de la vallée des toisons de pins noirs et de buis, de bouleaux et de hêtres dociles au cours des eaux - plus bas les aulnes aux pieds noyés, les peupliers, vont nus - désignent le lit creusé, le doigt encre des ravins, les vasques où nous venons laver nos corps navrés, où les bêtes viennent boire quand le printemps fondant névés fait eau de neige précipitée, casses de roches, avalanches de beauté blanche dont gronde le chant, et pâques dans les prairies."

Paru le 1er mars 2009

Éditeur : Corlevour

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Stéphane Crémer

La Terre

Au sortir d’un rêve à Brasilia j’ai empoigné
la terre, déjà si âcre à mes mains
que leurs paumes m’ont paru des papilles
d’où montait un goût avec son parfum.

Quelqu’un est mort bien loin ce matin
et j’ai pensé, en me baissant jusque là
pour l’emporter à mon tour, que je saurais
l’y ensevelir à ma manière en secret.

Ainsi – car n’allons pas priver la poésie
de sa logique : ni car ni ainsi ne sont proscrits
du poème, ni aucuns mots, pourvu qu’ils s’unissent
en pensée par-delà les marges noires du faire-part ! – ,

ainsi je garde près de moi, dans des flacons
comme une épice sur l’étagère de ma cuisine,
ce pigment rouge du Brésil dont je sais qu’un jour,
empesé à l’amidon de mon choix, un beau jour

nous partagerons la délicieuse peinture mitonnée
qui montrera, aussi bien qu’une Joconde enfin
pour de bon éclipsée de son cadre, ce qu’il reste
de cette disparition : un paysage, et son horizon !

Stéphane Crémer, compost, Éditions isabelle sauvage, 2013.