Héliotropes de Ryoko Sekiguchi

Ce livre propose une structure inspirée de la forme poétique de la muwashshah pratiquée dans l’Andalousie arabe du Moyen Âge, et notamment de sa kharja, « sortie » du poème résolue par l’insertion de la voix d’un autre, d’une voix autre, pour aborder dans le même geste la question de la « fin du poème ». Comment sortir d’un poème ? Comment un poème peut-il parvenir à sa fin ?
Le thème du jardin déploie une réflexion sur les noms scientifiques des plantes. Les noms savants des plantes, leurs noms latins, ne sont qu’exceptionnellement prononcés, comme s’ils prenaient leurs distances avec les langues parlées pour demeurer dans une altérité irréductible.
En convoquant les noms propres qui n’ont jamais été appelés, il s’agit de rendre leur place aux rangs de la nature, de les décrire sans réduire la part d’incompréhensible qu’ils recèlent afin d’en préserver la distance. « Je passe la parole à l’Autre » ; cette formule caractéristique de muwashshah serait un bon modèle pour réunir les questionnements proposés ici.

Paru le 1er octobre 2005

Éditeur : POL

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Georges Didi-Huberman

Survivance des lucioles

Les lucioles, il ne tient qu’à nous de ne pas les voir disparaître. Or, nous devons pour cela, assumer nous-mêmes la liberté du mouvement, le retrait qui ne soit pas repli, la force diagonale, la faculté de faire apparaître des parcelles d’humanité, le désir indestructible. Nous devons donc nous-mêmes - en retrait du règne et de la gloire, dans la brèche ouverte entre le passé et le futur - devenir des lucioles et reformer par là une communauté du désir, une communauté de lueurs émises, de danses malgré tout, de pensée à transmettre. Dire oui dans la nuit traversée de lueurs, et ne pas se contenter de décrire le non de la lumière qui nous aveugle.

Georges Didi-Huberman, Survivance des lucioles, Éditions de Minuit, 2009.