Hermann

Le poète innombrable

1er novembre 2015

Le poète innombrable

« Le monde dans un homme, tel est le poète moderne », écrit Max Jacob. « Je suis tous les visages », déclare Cendrars. Apollinaire, lui, contemple tous ceux qui composent son être universel : « Les peuples s’entassaient et je parus moi-même / Qu’ont formé tous les corps et les choses humaines ». Cette ambition donne naissance à une déroutante multiplicité de styles.
Face au poème, poser la question « qui parle ? » revient à demander à quel titre il parle, de quel droit : affaire de légitimité. Pour peu que (…)

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.