Hommage à Ginette Augier égérie du grand poète Joë Bousquet

Anne Marie Bernad

« JE NE SAURAI JAMAIS COMBIEN TU ES JOLIE ,ORIGINALEMENT JOLIE , TOUTE LA POESIE QUE MET TON VISAGE A ETRE AUSSI JOLIE . TES YEUX SONT BLEUS , MAIS ILS SONT LES SEULS DONT ON PUISSE DIRE QU’ILS SONT D’UN BLEU DE MYSTERE »
Le poète a bien parlé, il l’a dépeinte corps et âme dans cette prose poétique ; elle avait alors dix huit ans, aujourd’hui, le mystère demeure dans ce bleu qu’elle cultive comme un jardin secret. Egérie d’un grand poète ; elle reste cet espace cultivé, fécondé par cet homme immense, visionnaire qui l’a aimée ; « MON AMOUR BLEU » disait-il. Comment ne pas trouver dans ce regard de femme cet émerveillement de l’enfance devant cette voix qui lui parle encore de ses rêves. Femme souterraine, d’une aventure dont elle est le centre.
Dans un grand parc, cachée dans sa maison au regard de tous, vit une reine, drapée de bleu, d’intelligence, d’un passé dont elle recréait le fil depuis des années : ciel élevé dans l’esprit, rempli d’innocence, source, douce puissance d’une sensuelle présence. Ce qui l’occupe désormais se déploie dans l’éternité. Dans cet espace, elle va et vient, combat pour la vérité ; mais elle est solide ; se repaît de ses victoires car c’est à elle qu’appartient le cercle, l’assurance de la beauté consacrée, l’éternité de la pensée de celui qui voulait la voir se dépasser. « Ta vie est en moi », il a fait d’elle une étoile dans un grand mouvement de paroles ; il a divinisé ses yeux ; son histoire est devenue légende .
Toute tremblante encore d’avoir reçu l’âme du poète, comme un don du ciel ; elle porte en elle, la force latente de celui, qui, mêlé à sa profondeur a remué sa nudité secrète. « JE SUIS PLEIN DE TOI », un tel mimétisme s’incruste dans son âme, dans ce rêve, dont il ne reste que des pages écrites « LIEU D’AMOUR »
Née d’un autre monde, qui n’est pas celui de l’oubli, mais du vertige d’avoir été cette enfant au regard bleu, dont un poète avait pris possession ; elle continue à errer sur cette terre, avec l’ombre de celui qui lui trouvait un « NOM D’ETE » Parfois elle touche un livre, feuillette les pages d’un manuscrit ; elle se sent triste à pleurer mais elle sait, qu’elle appartient à cet autre, qu’on ne peut lui reprendre, elle aime l’avenir.
Dans cette dimension , elle le retrouvera ; la perfection lui est demandée, elle veut être belle jusqu’au bout, jusqu’aux limites de cette terre dont elle cherche le sommet, bercée par cette voix qui lui dit « CELUI QUI VIT EN ESPRIT DOIT TIRER DE SON ESPRIT TOUTES LES CONSOLATIONS ». C’est ainsi qu’elle vit dans les liens indissolubles de l’esprit, se tournant vers le Dieu des poètes, afin qu’il devienne comme promis « MAITRE DE L’IRREEL » . Il lui a dit « NOUS NE SOMMES PAS DE CE MONDE –CI », alors elle s’arrête, elle prie, et reste devant lui, cette petite fille offerte, car un jour, il a écrit « IL Y A EN TOI UN ETRE QUE TU NE ME REPRENDRAS JAMAIS » Depuis, avec le ciel, avec ce cœur « FONDANT NOYAU DE L’ESPRIT QUI A SA REALITE DANS L’ETERNITE » : elle tisse son éternité….
Sa vie ne fut qu’expérience, recherche, possédée par l’auteur « couché » qui cultivait la sienne. Auprès de cet homme immense, visionnaire qui l’a aimée « Mon amour bleu » disait-il, dans le crépuscule de la chambre noire elle a vécu une folie existentielle dont elle apprend de jour en jour les limites mais aussi l’ouverture d’une fidélité d’Amour. Depuis elle a offert à Dieu, ce grand désir de sauver et d’aimer encore celui qui l’a quittée il y a longtemps, en faisant le chemin inverse qui la dirige vers la vie, comme si, habitée par l’esprit du disparu, elle le ramenait à Dieu.
Femme, capable de donner naissance au poète, femme de chair, où elle a englouti la déchirure de l’autre, elle a pris sa souffrance à bras le corps, pour en faire une croix, mais aussi son salut, car « L’ETRE EST INEPUISABLE » il est attente et grâce à l’Amour : source de lumière

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.