Hommage à Manette

Anne Marie Bernad

Femme solitaire du temps effacé, elle ne reviendra pas en arrière, car elle porte ce tronc haut et fier du pays Landais et ce visage de sable blanc au bord des lèvres.
L’océan est en elle, barrière des hautes herbes où s’engouffre le vent, oriflamme tendu vers le large. Il y a dans son regard les vastes ressacs d’une eau bleue qui se déroule à l’infini, et lorsque on observe, l’écume des grandes marées.
Elle marche altière, d’un pas souverain dans la mémoire de ces hauts lieux où planent les mouettes ; l’espace libère… Elle est l’espace des jours épuisés de sel, où l’auréole de ses cheveux secoue les vagues, elle a été le sel et c’est l’effort qui brille sur ses mains blanches comme un miroir dans lequel elle peut se regarder, encore brûlante.
La vie est à la portée des femmes qui naviguent dans la beauté, qui avancent fièrement comme de grands navires silencieux et secrets qu’il est difficile de vaincre. Femme, porteuse d’eau, de symphonie, de sève, aux lourds regards, aux éclairs gris des brumes océanes.
Le poids des ans a sculpté dans sa chair, la coque légère d’un voilier. De l’océan à l’étang, elle peut ainsi poser sa voile blanche, sa voix de femme où fleurit la tendresse ouverte des fleurs fuschia.
Comment ne pas s’enraciner, dans cette femme d’eau et de voile, de plage et d’espace qui gagne sur la terre, sur la pierre du temps…

Poème
de l’instant

Valère Novarina

Chronophobie

Ici-bas dans la tourmente, il danse
Écoutez mes aïeux :
Je danse à la gueule de dieu

Traçant une ligne invisible
Entre n’être et naître pas
Entre naître et n’être pas
J’ai vécu vaille que vaille
Tout au fond d’l’univers
Le réel m’a pris en tenaille
Je danse à cœur ouvert

Le jour venu, mon âme d’animal
Si vous la trouvez en moi
Portez-la dans le sein d’Abraham !

Mai 2019, Valère Novarina, extrait de Chronophobie, poème inédit confié au Printemps des Poètes pour la 11e édition du Prix Andrée Chedid du Poème Chanté.