Hourra L’oral ! de Michel Arbatz

Hourra L'oral ! de Michel Arbatz

Homère connaissait, dit-on, les cinq mille vers de l’Iliade et de l’Odyssée par cœur et les livrait de vive voix à ses auditeurs.
Quel poète aujourd’hui donne ainsi ses textes ? Combien de poètes parlent-ils leurs textes ? La poésie confinée dans le papier est-elle vraiment la poésie ? D’où vient la cassure qui l’a réléguée dans les études universitaires, les poncifs de la messe scolaire, ou la « sclérose en plaquettes » qui ne concerne qu’un lectorat minuscule ?
Quelle place tiennent dans cette désaffection la poésie « de combat » embarquée dans la mouvance communiste du XXe siècle, puis sa contre-vague formaliste ? Et quelle responsabilité endossent parfois les poètes eux-mêmes en s’enfermant dans diverses postures et clichés qui ont la vie dure ?
Autour de ces questions, Michel Arbatz, auteur, mais aussi homme de scène, et passeur oral de poètes plaide pour l’oralité, et la nécessité de maintenir la poésie comme « mémoire de la langue », suivant la belle expression de Jacques Roubaud. Il salue dans deux longs chapitres le rôle de la chanson comme garante d’une tradition poétique orale, et pointe le vide inquiétant d’une absence de transmission dans le domaine poétique.
Hourrah l’Oral ! est un bulletin de santé, un examen complet du malade, qui cherche à comprendre tous les aspects de son affection. C’est une réflexion nourrie tant par la lecture des poètes eux-mêmes, que par une importante documentation, mais aussi par l’expérience d’une décennie de profération tous azimuts avec la BIP (Brigade d’Interventions Poétiques) que Michel Arbatz anime en Languedoc Roussillon.

Paru le 1er juin 2014

Éditeur : Le Temps qu’il fait

Genre de la parution : Essai

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.