Hymne à l’égalité d’Henri Chénier

Hymne à l’égalité

Égalité douce et touchante,
Sur qui reposent nos destins,
C’est aujourd’hui que l’on te chante,
Parmi les jeux et les festins.

Ce jour est saint pour la patrie ;
Il est fameux par tes bienfaits
C’est le jour où ta voix chérie
Vint rapprocher tous les Français

Tu vis tomber l’amas servile
Des titres fastueux et vains,
Hochets d’un orgueil imbécile
Qui foulait aux pieds les humains.

Tu brisas des fers sacrilèges ;
Des peuples tu conquis les droits ;
Tu détrônas les privilèges ;
Tu fis naître et régner les lois.

Seule idole d’un peuple libre,
Trésor moins connu qu’adoré,
Les bords du Céphise et du Tibre
N’ont chéri que ton nom sacré.

Des guerriers, des sages rustiques,
Conquérant leurs droits immortels,
Sur les montagnes, helvétiques
Ont posé tes premiers autels.

Et Franklin qui, par son génie,
Vainquit la foudre et les tyrans,
Aux champs de la Pennsylvanie
T’assure des honneurs plus grands !

Le Rhône, la Loire et la Seine,
T’offrent des rivages pompeux
Le front ceint d’olive et de chêne
Viens y présider à nos yeux.

Répands ta lumière infinie,
Astre brillant et bienfaiteur ;
Des rayons de la tyrannie
Tu détruis l’éclat imposteur.

Ils rentrent dans la nuit profonde
Devant tes rayons souverains ;
Par toi la terre est plus féconde ;
Et tu rends les cieux plus sereins.

Poème
de l’instant

Charles Cros

Sonnet

Moi, je vis la vie à côté,
Pleurant alors que c’est la fête.
Les gens disent : « Comme il est bête ! »
En somme, je suis mal côté.

J’allume du feu dans l’été,
Dans l’usine je suis poète ;
Pour les pitres je fais la quête.
Qu’importe ! J’aime la beauté.

Beauté des pays et des femmes,
Beauté des vers, beauté des flammes,
Beauté du bien, beauté du mal.

J’ai trop étudié les choses ;
Le temps marche d’un pas normal ;
Des roses, des roses, des roses !

Charles Cros, « Sonnet », Le Collier de griffes.