Ici pépie le coeur de l’oiseau-mouche de Nicolas Dieterlé

Ici pépie le coeur de l'oiseau-mouche de Nicolas Dieterlé

Après L’Aile pourpre publié par Arfuyen en 2004, Ici pépie le cœur de l’oiseau-mouche est le deuxième texte littéraire de Nicolas Dieterlé qui soit présenté au public. Le journal spirituel de Nicolas Dieterlé a paru sous le titre La Pierre et l’oiseau (Labor et Fides, 2004).

Nicolas Dieterlé n’a de son vivant jamais souhaité publier aucun texte, mais laisse des écrits nombreux – récits, proses et poèmes.

Il n’a également rien voulu montrer au public de son travail pictural, mais il laisse plus de 500 peintures et dessins. De nombreuses expositions ont eu lieu ces dernières années. En couverture et en frontispice du présent ouvrage sont reproduites deux de ses peintures.

Signalons qu’une association des amis de Nicolas Dieterlé a été créée en 2007 sous le nom La pierre et l’oiseau et qu’un blog a été mis en place : http://lapierreetloiseau.blogspirit.com

Le livre

Les présents textes ont été écrits par Nicolas Dieterlé dans les deux dernières années de sa vie. Leur titre fait référence à une phrase reçue au cours d’une marche en forêt : « Alors que nous marchions dans une forêt de hauts arbres entre lesquels ruisselait la lumière du soleil, comme une féerie, a surgi en moi cette phrase : ‘‘ici pépie le cœur de l’oiseau-mouche’’ » Au plus profond de cette forêt mystérieuse qu’est la vie des hommes, la poésie est ce lieu, ce moment où l’on perçoit le plus fragile, le plus infime, le plus précieux : « Ici pépie le coeur de l’oiseau-mouche ».

C’est ainsi qu’il faut comprendre ce livre qui est tout entier méditation sur la vie, sur la vérité et sur la poésie. Dès le premier fragment : « le toit des voitures est verni par le gel ; les branches des arbres crissent contre le ciel Dans l’allée, en passant, j’ai entendu le chant pointu, pareil à une mince flèche tournoyante, d’un oiseau invisible » Et jusqu’au dernier, assez long, qui est le récit d’un rêve : « on m’avait désigné pour une mission exceptionnelle Je devais partir explorer l’espace grouillant d’étoiles en compagnie d’une jeune amie qui m’était chère J’étais fier d’une telle distinction : rares étaient ceux qui étaient élus pour une tâche aussi héroïque J’en étais aussi étonné : je me considérais comme trop peu fiable, trop peu confiant en moi, trop peu armé aussi, trop démuni intérieurement, pour affronter les dangers inhérents à cette entreprise Et si j’échouais lamentablement ? C’était ma grande crainte inavouée Je cachais cette peur à mon entourage, à mon amie même L’angoisse n’en était que plus forte, plus venimeuse »

Tel est le sens de la poésie pour Nicolas Dieterlé : attention à ce chant d’un « oiseau invisible » mais aussi mission dangereuse, inquiétante. Pure grâce, mais enjeu vital, connaissance essentielle : « Poésie : puits de silence où luit, tout au fond, l’eau immobile et fériée du Verbe. » « Qu’est-ce que la poésie ? Une manière de contourner le monde pour voir, derrière, le Monde. »

Paru le 1er juin 2008

Éditeur : Arfuyen

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Charles Cros

Sonnet

Moi, je vis la vie à côté,
Pleurant alors que c’est la fête.
Les gens disent : « Comme il est bête ! »
En somme, je suis mal côté.

J’allume du feu dans l’été,
Dans l’usine je suis poète ;
Pour les pitres je fais la quête.
Qu’importe ! J’aime la beauté.

Beauté des pays et des femmes,
Beauté des vers, beauté des flammes,
Beauté du bien, beauté du mal.

J’ai trop étudié les choses ;
Le temps marche d’un pas normal ;
Des roses, des roses, des roses !

Charles Cros, « Sonnet », Le Collier de griffes.