Il n’y a pas de paradis

Auteur : André Frénaud

Il n'y a pas de paradis

Préface de Bernard Pingaud

« Je suis en route : l’image du poète que nous propose l’œuvre d’André Frénaud est celle d’un voyageur. D’où vient la route ? Où conduit-elle ? Le poète l’ignore. Il sait seulement que, marchant depuis toujours, sa tâche est de poursuivre. Tout repos sur ce chemin ne peut être que précaire, toute étape annonce un nouveau départ : l’événement ne prévaudra pas sur le parcours. Partirait-on, pourtant, si l’on n’avait reçu un appel ? si l’on n’avait l’assurance d’être attendu ? Une lampe doit bien briller dans quelque auberge où le voyageur connaîtra la gloire d’un sommeil ardent.

Le poème, où s’inscrit le voyage, va refléter ce double mouvement. Exigence ou pressentiment, il annoncera la vraie contrée, la vraie patrie qui se dérobe dans les lointains parages. Il sera l’expression d’une espérance obstinée : celle du Roi Mage guidé par son étoile. Mais, en même temps, le poème affirmera la vanité d’une entreprise qu’aucune promesse ne garantit. Il revendiquera même, comme le signe d’une authentique vocation, sinon comme la seule récompense possible, une insatisfaction fondamentale. Poésie du sarcasme et de la dérision, mais ausi de la fierté. Le poète est cet homme contradictoire, ce visiteur inacceptable et inaccepté, dont le sort consiste à appeler sans attendre de réponse, à marcher sans apercevoir de but. Il n’y a pas de paradis : le terme du chemin, c’est le chemin lui-même. »
Bernard Pingaud.

Paru le 25 octobre 1967

Éditeur : Gallimard

Genre de la parution : Recueil

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Anna de Noailles

La vie profonde

Être dans la nature ainsi qu’un arbre humain,
Étendre ses désirs comme un profond feuillage,
Et sentir, par la nuit paisible et par l’orage,
La sève universelle affluer dans ses mains !

Vivre, avoir les rayons du soleil sur la face,
Boire le sel ardent des embruns et des pleurs,
Et goûter chaudement la joie et la douleur
Qui font une buée humaine dans l’espace !

Anna de Noailles, 1876 - 1933, « La vie profonde », Le Cœur innombrable, 1901.