Illettrés, durs d’oreille, malbâtis

Auteur : Christian Doumet

« ON FAIT SON IMPORTANT ! On se pavane ! On se targue de savoirs et de délicatesses ! Comme on est bien élevé ! On savoure de l’oreille, on affine ses papilles… on jouit — certes avec discrétion… on parade — non sans quelque retenue. On est, au plus au point, civilisé.
Voici des pages pour en rabattre. Du nu. Du gauche. Du malbâti.
Cependant : point d’autoflagellation. Celui qui parle se contente de faire un tour de nos insuffisances, de nos chancellements : bien assez, déjà ! Sans complaisance. Simple relevé des lieux, à quoi se mêle un peu de compassion, parfois de nostalgie, voire d’emphase pour notre inhabilité fatale.
Comprenne qui pourra : nul n’est fâché de fréquenter au fond de lui cet illettré, ce dur d’oreille, ce contrefait avec lequel il est prié sans cesse de composer. Mieux : il se pourrait que cet accouplement d’idiots intimes fût la promesse de tout ce que nous appelons poésie. Comprenne qui pourra… »

Un volume 13 x 21 de 128 pages
ISBN 2.87673.346.7, 2002, 13 euros

Paru le 1er février 2002

Éditeur : Champ Vallon

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Charles Cros

Sonnet

Moi, je vis la vie à côté,
Pleurant alors que c’est la fête.
Les gens disent : « Comme il est bête ! »
En somme, je suis mal côté.

J’allume du feu dans l’été,
Dans l’usine je suis poète ;
Pour les pitres je fais la quête.
Qu’importe ! J’aime la beauté.

Beauté des pays et des femmes,
Beauté des vers, beauté des flammes,
Beauté du bien, beauté du mal.

J’ai trop étudié les choses ;
Le temps marche d’un pas normal ;
Des roses, des roses, des roses !

Charles Cros, « Sonnet », Le Collier de griffes.