J’ai cessé de me désirer ailleurs pour saluer André Breton

Auteur : Christian Viguié

<i>J'ai cessé de me désirer ailleurs pour saluer André Breton</i>

Il y a tout juste cinquante ans, le 28 septembre 1966, « le rideau tombait » à l’hôpital Lariboisière sur la vie d’André Breton. La veille, une ambulance l’avait transporté d’urgence depuis sa maison de Saint-Cirq-Lapopie, cette commune lotoise qui, seize ans plus tôt, lui était « apparue comme une rose impossible dans la nuit », l’amenant à déclarer : « J’ai cessé de me désirer ailleurs ».

Le théoricien du surréalisme, l’auteur inspiré de Nadja, le chantre de L’Amour fou, l’essayiste que passionnaient les arts extra-européens méritait bien l’hommage que lui rendent dans ce livre ces diverses voix venues de quatre continents, de l’Amérique à l’Europe, de l’Afrique à l’Océanie.

Vingt-six auteurs contemporains réunis autour d’André Breton

Publiée avec la complicité de Laurent Doucet, président de l’association La Rose impossible (Saint-Cirq-Lapopie), l’anthologie « J’ai cessé de me désirer ailleurs » est structurée en cinq chapitres qui, tous, empruntent leur titre à l’œuvre de Breton : « Sur la route qui monte et descend » ; « J’ai été ravi que tu m’écrives » ; « Ralentir travaux » ; « Qui vive ? Est-ce vous, Nadja ? » ; « Les vases communicants ».
Elle rassemble les poèmes, lettres, proses poétiques, articles, essais ou encore jeux surréalistes de vingt-six auteurs contemporains : Frédéric Aribit, Patrice Béghain, Lionel Bourg, Stani Chaine, Jean-Pierre Chambon, Kim Doré, Laurent Doucet, Mohammed El Amraoui, Danielle Fournier, Robert Guyon, Michel Kneubühler, Jean-Charles Lemeunier, Emmanuel Merle, Maya Ombasic, Pierre Péju, Didier Pobel, Nadja Pobel, Marc Porcu, Jean-François Poupart, Denis Pourawa, Thierry Renard, Alain Roussel, Laura Tirandaz, Gilbert Vaudey, Joël Vernet et Christian Viguié, ainsi que le texte « Sur la route qui monte et descend » d’André Breton .
Des voix sombres, des voix radieuses, des voix sonores, des voix familières, des voix qui n’ont plus rien à perdre et des voix plus optimistes, encore.
Et toujours des voix libres, libérées, sans aucune contrainte et sans aucun sens interdit. Pour saluer celui qui, avec obstination, chercha « l’or du temps ».

Paru le 1er juillet 2016

Éditeur : La Passe du Vent

Genre de la parution : Anthologie

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.