J’ai fermé mes maisons

de Marianne Catzaras

J'ai fermé mes maisons

Avant-propos de Murielle Szac

Le bleu du ciel et de la mer. L’oiseau dans l’évidence de l’espace. Une île, puis une autre île très éloignée de la première. Des bateaux à quai. Le silence des pierres. Des maisons aux lèvres closes. Ces silhouettes au carrefour des routes. La polyphonie des langues. Des valises vides. La main qui ne peut attraper le nuage. Ce passager qui regarde passer les bus sans pouvoir y monter… Marianne Catzaras n’a pas besoin de nommer les pays, les lieux, les êtres, les alphabets ou les époques, pour que l’on sente ce qui vit en elle, comme l’eau sommeille sous les pierres. Elle n’a pas besoin de nommer l’absence pour faire chanter l’absence. Pas besoin de désigner le poème pour qu’il soit poème. Elle écrit pour faire entendre ce que les mots ne disent pas : un murmure, une histoire, à peine.

j’ai fermé mes maisons
une à une, ce matin
et je pars
mes maisons celles d’hier
et celles d’aujourd’hui
celle du pays premier
où pousse désespérément
un olivier en pierre

Paru le 19 août 2021

Éditeur : Editions Bruno Doucey

Genre de la parution : Recueil

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Charles Baudelaire

Petits poèmes en prose

Votre œil se fixe sur un arbre harmonieux courbé par le vent ; dans quelques secondes, ce qui ne serait dans le cerveau d’un poëte qu’une comparaison fort naturelle deviendra dans le vôtre une réalité. Vous prêtez d’abord à l’arbre vos passions, votre désir ou votre mélancolie ; ses gémissements et ses oscillations deviennent les vôtres, et bientôt vous êtes l’arbre. De même, l’oiseau qui plane au fond de l’azur représente d’abord l’immortelle envie de planer au-dessus des choses humaines ; mais déjà vous êtes l’oiseau lui-même.

Charles Baudelaire, Petits poèmes en prose, « Le Théâtre de Séraphin », 1868.