J’ai laissé sur le sol mes armes

Luis Mizón

J’ai laissé sur le sol mes armes
de chasseur
et tout mon silence durci sur le feu
nu contre le sol
je cherche à être la terre
le support de l’étoile du matin
je nais et je renais
dans la grotte vide
où nous tenons à peine
mais dis-moi comment
pouvons-nous être ensemble ?
je touche avec douceur
la peau amie de tes lèvres
je souffle en toi avec ma bouche sans peur
le charbon
et la plume
la mèche de ton âme

Poème publié dans l’anthologie Une salve d’avenir. L’espoir, anthologie poétique, parue chez Gallimard en Mars 2004

Poème
de l’instant

Claude Michel Cluny

Odes Profanes

Tout déjà était en toi
même l’âpre saveur des paroles des morts
Avec sur ta bouche close
leur goût d’indicible sel.
Mais empare-toi de l’absence et ose
Va avance aveugle et seul
Toute flèche aime sa cible.
L’enfance le sait qui, libre
(habiter Nulle Part est le plus sûr)
déchire sans innocence
son invisible futur.

Claude Michel Cluny, Odes Profanes, Éditions de la Différence, 1989.