Jacques Ancet

Collectif d’auteurs
Sous la direction de Sandrine Bédouret-Larraburu et Jean-Yves Pouilloux

« Personne ne sait. Ni l’ombre entrée sans qu’on l’ait vue, ni la voix qui s’obstine à épeler le jour. Le silence à présent est trop lourd à porter. Les yeux cherchent, ne trouvent que leur vide. Personne ne sait. »
Jacques Ancet né en 1942 est poète (en vers et en proses), traducteur de l’espagnol et essayiste. Son
œuvre abondante est reconnue et essentielle. L’Université de Pau et des Pays de l’Adour a organisé des rencontres en 2009 et, en octobre 2010, un colloque de travail et d’échange en présence de Jacques Ancet est venu parachever les liens tissés.
Si le sérieux des études ici rassemblées répond à l’exigence de l’œuvre, l’amitié traverse aussi ces gestes critiques chaque fois singuliers. Chacun ici s’essaie à résonner des multiples échos d’une voix traversée par l’appel de l’imperceptible que l’œuvre de Jacques Ancet nous fait écouter au plus près.
Merci aux deux organisateurs de cet ensemble, merci à Jacques Ancet pour les inédits qui l’ouvrent.
S. Martin

Paru le 1er juin 2011

Éditeur : Atelier du grand Tétras

Genre de la parution : Essai

Poème
de l’instant

Carl Norac

Petit poème pour y aller

Un poème parfois, ce n’est pas grand-chose.
Un insecte sur ta peau dont tu écoutes la musique des pattes.
La sirène d’un bateau suivie par des oiseaux, ou un pli de vagues.
Un arbre un peu tordu qui parle pourtant du soleil.
Ou souviens-toi, ces mots tracés sur un mur de ta rue :
« Sois libre et ne te tais pas ! ».
Un poème parfois, ce n’est pas grand-chose.
Pas une longue chanson, mais assez de musique pour partir
en promenade ou sur une étoile,
à vue de rêve ou de passant.
C’est un aller qui part sans son retour
pour voir de quoi le monde est fait.
C’est le sourire des inconnus
au coin d’une heure, d’une avenue.
Au fond, un poème, c’est souvent ça,
de simples regards, des mouvements de lèvres,
la façon dont tu peux caresser une aile, une peau, une carapace,
dont tu salues encore ce bateau qui ouvre à peine les yeux,
dont tu peux tendre une main ou une banderole,
et aussi la manière dont tu te diras :
« Courage ! Sur le chemin que j’ai choisi, j’y vais, j’y suis ! ».
Un poème, à la fois, ce n’est pas grand-chose
et tout l’univers.

Carl Norac, inédit, pour le 22e Printemps des Poète / Le Courage