Jaune

Gilles Mentré

Jaune

La beauté dévisse l’équilibre. Nous rêvons tous d’être aimés à contretemps, en cet instant ou le timing n’est rien. Mon bel amour achromatique, arythmique. Mon jaune coupé de blanc.

Une même couleur relie les exilés de la réussite aux amoureux solitaires, les gilets jaunes à François d’Assise. Elle court ici d’un texte à l’autre, d’un vers à un poème en prose, d’une légende à un fragment, d’un haïku à une liste générée par intelligence artificielle… Car le jaune est avant tout couleur de la multitude, qu’elle soit violence ou pollinisation. Chute aussi bien que désir d’envol.

On pourrait dire les choses plus simplement, par exemple que le i est jaune : c’est un soleil pointé par son reflet sur l’eau.

Paru le 12 octobre 2022

Éditeur : L’herbe qui tremble

Poème
de l’instant

Juneau

Si j’avais été là
À regarder le glacier
Et à me demander pourquoi il recule
Au lieu d’avancer,
Je serais sûrement allé
Au petit café sur le quai
J’aurais déjeuné de flétan frais.
Je me serais trouvé
Là où je devais être,
Dans ma tête, à pencher en eau profonde.

N. Scott Momaday, « Juneau », apulée, Éditions Zulma, 2021.