Je, au-delà de Kristin Prevallet

Je, au-delà de Kristin Prevallet

Ne tombez jamais amoureux d’un texte s’il veut vous convaincre que
vous êtes déjà mort.
Ou s’il dit que vous êtes un vampire.
Ou s’il vous fait vous sentir distant, isolé, retiré de la scène.
Parce que le crime a déjà été commis.
Vous n’avez pas besoin de lire les détails sanglants pour savoir que ce
fut violent.
Nous y étions tous les deux, depuis le début.
La seule différence est que je vois des feuilles d’automne et aussitôt
j’entends le coup de feu.
Vous voulez juste voir le corps et vous émerveiller de la façon dont il
tomba en avant et puis fut laissé là.

traduit de l’américain par Sandra Moussempès et Françoise Valéry

Paru le 1er janvier 2008

Éditeur : Cuisines de l’Immédiat/ Editions de l’attente

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.