Je pense à toi mon Lou - Poèmes et lettres d’Apollinaire à Lou

 Je pense à toi mon Lou - Poèmes et lettres d'Apollinaire à Lou

Éditorial

« Mes meilleurs poèmes et il y en a je crois de bons, vous ne les lirez que si celle qui les a, veut bien après la guerre que je les publie », confiait Apollinaire dans une lettre à Louise Faure-Favier, le 24 juin 1915, à propos des lettres envoyées à Lou.

Le poète n’avait que trente-huit ans à sa mort, le 9 novembre 1918. Il avait beaucoup écrit. Son œuvre comporte presque autant de publications posthumes que d’ouvrages composés par lui-même. Les « Poèmes et Lettres à Lou » qui mêlent tous les registres, depuis le vers traditionnel au calligramme, où l’écriture épistolaire réconcilie la poésie avec la narration et la vie quotidienne, n’ont pu être publiés intégralement qu’en 1969, par Michel Décaudin qui nous donnait à lire une édition complète chez Gallimard dans la collection Blanche, et une autre, constituée uniquement des poèmes (Poésie/Gallimard). Aujourd’hui, Laurence Campa, maître de conférences de l’Université de Paris-XII, auteur de nombreuses études et ouvrages sur Apollinaire, propose une nouvelle édition en fac-similé chez Textuel, sous le titre, Je pense à toi mon Lou. Ses précieux commentaires guident notre lecture et font apparaître l’évolution incessante des procédés poétiques d’Apollinaire.

Nathalie Jungerman

Nouvelle édition revue et commentée par Laurence Campa
Éditions Textuel, 27 sept. 2007, 50 €.

Paru le 1er septembre 2007

Éditeur : Textuel

Genre de la parution : Anthologie

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.