Jets de poèmes de Ryôichi Wâgo

Jets de poèmes de Ryôichi Wâgo

Minuit. Sixième jour après le séisme.

Tandis que de nombreux habitants partaient se réfugier ailleurs, j’ai choisi de rester seul dans mon appartement pour rassembler mes pensées sous forme de tweets.

Avec radiations et répliques pour compagnons de route.

Dans ma cellule solitaire, ma seule pensée était que ma propre vérité se trouvait dans les mots, et uniquement dans les mots. Nulle part ailleurs. Je m’efforçais de ne penser à rien d’autre, alors que la société s’écroulait, que la vie pouvait m’être arrachée à tout moment. Je m’agrippais à cette seule vérité comme un enfant aux bras de sa mère. C’était mon seul soutien.

Cette nuit-là, j’ai envoyé plus de 40 tweets.

J’ai intitulé "Jets de poèmes" la série de messages que j’envoie.

Ryôichi Wâgo, Fukushima, mai 2011

Traduit du japonais par Corinne Atlan
Encres sur papier de soie d’Élisabeth Gérony-Forestier

Paru le 1er mars 2016

Éditeur : PO&PSY

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Treizième poésie verticale

Aujourd’hui je n’ai rien fait.
Mais beaucoup de choses se sont faites en moi.

Des oiseaux qui n’existent pas
ont trouvé leur nid.
Des ombres qui peut-être existent
ont rencontré leurs corps.
Des paroles qui existent
ont recouvré leur silence.

Ne rien faire
sauve parfois l’équilibre du monde
en obtenant que quelque chose aussi pèse
sur le plateau vide de la balance.

Roberto Juarroz, Treizième poésie verticale, traduit de l’argentin par Roger Munier, Librairie José Corti, 1993.