Journal

Alain Serres

Quand le journal froissé,
et ses yeux de papier
noircis de l’encre
des pauvres mots du jour
eux aussi froissés,
très froissés,
les yeux, les mots,

quand le journal déchiqueté,
aveuglé, et son sourire narquois
et sa bouche tordue
de ses interminables aveux,

quand le journal mis en pièces
puis en boule,
dense comme une souche,

quand le journal dur,
revient

à l’état d’arbre

et qu’il refait refait des feuilles,

il découpe à nouveau
des sourires purs et pâles,
dans l’espace des hommes qui le croient
puisqu’ils le voient.

Ils le voient.

Poème publié dans l’anthologie Une salve d’avenir. L’espoir, anthologie poétique, parue chez Gallimard en Mars 2004

Poème
de l’instant

Valère Novarina

Chronophobie

Ici-bas dans la tourmente, il danse
Écoutez mes aïeux :
Je danse à la gueule de dieu

Traçant une ligne invisible
Entre n’être et naître pas
Entre naître et n’être pas
J’ai vécu vaille que vaille
Tout au fond d’l’univers
Le réel m’a pris en tenaille
Je danse à cœur ouvert

Le jour venu, mon âme d’animal
Si vous la trouvez en moi
Portez-la dans le sein d’Abraham !

Mai 2019, Valère Novarina, extrait de Chronophobie, poème inédit confié au Printemps des Poètes pour la 11e édition du Prix Andrée Chedid du Poème Chanté.