Journal Inédit d’Ilarie Voronca

Journal Inédit d'Ilarie Voronca

En 1933, Ilarie Voronca, figure phare du constructivisme roumain, poète et théoricien de l’intégralisme, s’installe à Paris. En France, il n’est plus le chantre individuel, son moi s’épanouit dans toutes les voix : Je veux me mêler à cette foule. Je partage sa vie. Voronca devient le poète anonyme, de la foule et toujours le visionnaire de l’invisible. Mais l’apparente euphorie qui émane de sa création comme de sa personnalité cache bien mal l’angoisse qui le ronge souterrainement. À Paris, au soir du 4 avril 1946 : Ilarie Voronca s’enferme dans la cuisine de son appartement, à Paris. Il calfeutre portes et fenêtres, absorbe un tube de somnifères et arrache le tuyau à gaz. Ilarie Voronca est enterré au cimetière Parisien de Bobigny-Pantin.

Bien des mystères demeuraient autour de sa disparition, comme de sa dernière année de vie. Ces mystères sont en grande partie levés, grâce au Journal inédit du poète ; lequel avait été confié en 1946 par sa femme, Colomba, à Sașa Pană, qui, poète, critique et directeur de la revue Unu, fut l’ami et la plaque tournante de l’avant-garde roumaine. C’est dans les archives de ce dernier que le tapuscrit du journal a été retrouvé en 2016. Sa publication est un évènement considérable, qui éclaire d’un jour nouveau la dernière année de vie d’Ilarie Voronca.

Dans la deuxième partie du livre sont rassemblés des témoignages et études de Tristan Tzara, Stéphane Lupasco, Georges Ribemont-Dessaignes, Jean Cassou, Jean Follain, Claude Sernet, Eugène Ionesco, Yves Martin, Alain Simon ou Guy Chambelland : « Je place ILARIE VORONCA, poète de notre contradiction humaine-poétique, poète de l’émotion et de la féerie, tout simplement à côté des plus grands. »

La troisième partie rassemble, sous le titre Beauté de ce monde, l’intégrale de l’œuvre poétique, depuis longtemps épuisée à l’exception d’un titre, d’Ilarie Voronca, de Beauté de ce monde (1940) aux ultimes poèmes inédits de 1946.

Christophe DAUPHIN

Paru le 18 décembre 2018

Éditeur : Les Hommes sans Epaules éditions

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Olivier Barbarant

Essais de voix malgré le vent

Voilà dix ans que je tente passer la rampe sans trop forcer les choses ni les mots gaspillés
Tant que faire se peut à éviter les coups de glotte ou le leurre d’en rajouter
Dix ans à prendre les pages pour cet étrange mégaphone où le murmure porte au loin sans briser si possible sa première douceur
À croire qu’avec le livre ouvert c’est le frisson qui se propage et qui peut-être se survit

Dix ans à vous prêter entre mon corps et l’ombre ce bruit de branche agitée qu’un jour vous aussi avez entendu
Sans toujours songer à le dire si bien que je le fais pour vous
Rêvant des phrases et formes de remords comme une mûre dans les ronces
Rompant lentement le silence jusqu’à nos lèvres écorchées
Pour faire place au peu de jours de vous à moi qui nous rassemble.

Essais de voix malgré le vent, Éditions Champ Vallon, 2004.