L’Enterrement à Sabres

Auteur : Bernard Manciet

<i>L'Enterrement à Sabres</i>

Édition bilingue (occitan-français)
Préface de Jacques Roubaud

Un grand poète de langue d’oc, qui revendique sa sonorité gasconne, fait son entrée en Poésie/Gallimard. Nul doute que Bernard Manciet aurait considéré cette publication comme une effraction salutaire et joyeuse.
L’Enterrement à Sabres n’est pas seulement un témoignage. C’est une preuve de la langue gasconne. Il en met en évidence tous les caractères : sa phonétique et sa syntaxe, bien sûr. Mais, plus profondément, tous les registres de la langue sont convoqués : le sublime et le dérisoire, la ratiocination abstraite comme le concret le plus terre à terre, l’archaïsme autant que l’extrême contemporain. Il ne se contente jamais d’un vague lyrisme empesé. Et sa langue n’est pas une langue du passé. Elle doit pouvoir parler de tout ce qui est, est aujourd’hui. Elle montre qu’elle le peut. Dès le commencement de la lecture on sait qu’on a affaire à une œuvre majeure. On sait que Manciet le sait. Il s’est lancé dans la composition avec orgueil, sans hésitation mais sans ostentation. Et il a tenu son pari.

Paru le 1er septembre 2010

Éditeur : Gallimard

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Charles Cros

Sonnet

Moi, je vis la vie à côté,
Pleurant alors que c’est la fête.
Les gens disent : « Comme il est bête ! »
En somme, je suis mal côté.

J’allume du feu dans l’été,
Dans l’usine je suis poète ;
Pour les pitres je fais la quête.
Qu’importe ! J’aime la beauté.

Beauté des pays et des femmes,
Beauté des vers, beauté des flammes,
Beauté du bien, beauté du mal.

J’ai trop étudié les choses ;
Le temps marche d’un pas normal ;
Des roses, des roses, des roses !

Charles Cros, « Sonnet », Le Collier de griffes.