L’Épée et la flûte

Bernard Mazo

À Mahmoud Darwich

On est passé de l’autre côté du mur
sans vraiment s’en apercevoir

Ici tout est gris
sous le ciel bas

Ici au cœur de ce champ de ruines
où ne chante plus la flûte des ancêtres
ni le vent muet à travers les figuiers
l’espérance est exsangue

Ici les enfants se terrent
sous les décombres

Ici à Gaza
rien ne bouge
rien ne respire

que le vent aride du désert
et cette lourde odeur de mort.

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.