L’Épée et la flûte

Bernard Mazo

À Mahmoud Darwich

On est passé de l’autre côté du mur
sans vraiment s’en apercevoir

Ici tout est gris
sous le ciel bas

Ici au cœur de ce champ de ruines
où ne chante plus la flûte des ancêtres
ni le vent muet à travers les figuiers
l’espérance est exsangue

Ici les enfants se terrent
sous les décombres

Ici à Gaza
rien ne bouge
rien ne respire

que le vent aride du désert
et cette lourde odeur de mort.

Poème
de l’instant

Serge Sautreau

Rivière je vous prie

Loin, un instant, des rives, souvenons-nous, riverains des cours de porcelaine, souvenons-nous des loges de verre, entre flammes et idoles, où se pâmaient le mythe, la révolte, les tyrannies de la fin…

Loin, à l’instant, loin du poumon fertile, c’est l’origine qui appelle avec de longs herbiers ondulant sous la nacre, laissant apercevoir des sables habités, des galaxie solubles, des à-pics de massifs coulés s’engloutissant dans le vert sombre.

Pour invoquer. Pour éveiller le dieu. Pour ne jurer de rien. Pour accueillir. Rivière.

Serge Sautreau, Rivière je vous prie, Éditions l’Atelier le Ciel sur la Terre, 1997