L’aubépine, cent un sonets pour un amour frondeur

Auteur : Francis Combes

L'aubépine, cent un sonets pour un amour frondeur

Eglantine

Il s’écrit des poèmes d’amour dans toutes les langues du monde, mais des troubadours aux poètes surréalistes, la poésie amoureuse est sans doute le fil rouge qui traverse toute l’histoire de la poésie française. Et ceci continue (et continuera) tant que des poètes n’entendront pas réduire le poème à un travail d’écriture sur le poème ou à un exercice rhétorique de déconstruction linguistique. Qu’ils fussent d’oc ou d’oil, les poètes de cet espace géographique qui allait devenir la France ont beaucoup fait pour que ce qui est un besoin naturel et universel, l’amour, devienne une culture, voire un art, pour ne pas dire une civilisation. Francis Combes s’inscrit dans cette tradition qu’il revisite, tant du point de vue de la forme (à travers cent un sonnets désarticulés, rimés ou non) que du point de vue du discours amoureux. Au thème dominant, des Arabes à l’Occident, de la « passion amoureuse », de l’amour fou et maudit, il cherche, à la suite notamment d’Eluard ou Brecht, à substituer celui de l’amour nécessaire, non pas l’amour fatalité mais l’amour besoin, non pas le malheur d’aimer mais son bonheur ; l’amour qui n’est pas qu’un accident mais qui est aussi une production et un sentiment productif. Dans ces poèmes, la femme aimée n’est pas une idole idéalisée, mais une compagne réelle, égale et différente.

Paru le 1er novembre 2011

Éditeur : Le Préau des collines

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Stèles

La cime haute a défié ton poids. Même si tu ne peux l’atteindre, que le dépit ne t’émeuve : Ne l’as-tu point pesée de ton regard ?
La route souple s’étale sous ta marche. Même si tu n’en comptes point les pas, les ponts, les tours, les étapes, - tu la piétines de ton envie.
La fille pure attire ton amour. Même si tu ne l’as jamais vue nue, sans voix, sans défense, - contemple-la de ton désir .

*

Dresse donc ceci au Désir-Imaginant ; qui, malgré toutes, t’a livré la montagne, plus haut que toi, la route plus loin que toi,
Et couché, qu’elle veuille ou non la fille pure sous ta bouche.

Victor Segalen, Stèles, « Stèle au désir », 1912.