L’aubépine, cent un sonets pour un amour frondeur

Auteur : Francis Combes

L'aubépine, cent un sonets pour un amour frondeur

Eglantine

Il s’écrit des poèmes d’amour dans toutes les langues du monde, mais des troubadours aux poètes surréalistes, la poésie amoureuse est sans doute le fil rouge qui traverse toute l’histoire de la poésie française. Et ceci continue (et continuera) tant que des poètes n’entendront pas réduire le poème à un travail d’écriture sur le poème ou à un exercice rhétorique de déconstruction linguistique. Qu’ils fussent d’oc ou d’oil, les poètes de cet espace géographique qui allait devenir la France ont beaucoup fait pour que ce qui est un besoin naturel et universel, l’amour, devienne une culture, voire un art, pour ne pas dire une civilisation. Francis Combes s’inscrit dans cette tradition qu’il revisite, tant du point de vue de la forme (à travers cent un sonnets désarticulés, rimés ou non) que du point de vue du discours amoureux. Au thème dominant, des Arabes à l’Occident, de la « passion amoureuse », de l’amour fou et maudit, il cherche, à la suite notamment d’Eluard ou Brecht, à substituer celui de l’amour nécessaire, non pas l’amour fatalité mais l’amour besoin, non pas le malheur d’aimer mais son bonheur ; l’amour qui n’est pas qu’un accident mais qui est aussi une production et un sentiment productif. Dans ces poèmes, la femme aimée n’est pas une idole idéalisée, mais une compagne réelle, égale et différente.

Paru le 1er novembre 2011

Éditeur : Le Préau des collines

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Stéphane Crémer

La Terre

Au sortir d’un rêve à Brasilia j’ai empoigné
la terre, déjà si âcre à mes mains
que leurs paumes m’ont paru des papilles
d’où montait un goût avec son parfum.

Quelqu’un est mort bien loin ce matin
et j’ai pensé, en me baissant jusque là
pour l’emporter à mon tour, que je saurais
l’y ensevelir à ma manière en secret.

Ainsi – car n’allons pas priver la poésie
de sa logique : ni car ni ainsi ne sont proscrits
du poème, ni aucuns mots, pourvu qu’ils s’unissent
en pensée par-delà les marges noires du faire-part ! – ,

ainsi je garde près de moi, dans des flacons
comme une épice sur l’étagère de ma cuisine,
ce pigment rouge du Brésil dont je sais qu’un jour,
empesé à l’amidon de mon choix, un beau jour

nous partagerons la délicieuse peinture mitonnée
qui montrera, aussi bien qu’une Joconde enfin
pour de bon éclipsée de son cadre, ce qu’il reste
de cette disparition : un paysage, et son horizon !

Stéphane Crémer, compost, Éditions isabelle sauvage, 2013.